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Tome cinquième.
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A"V EC VOLTAIRE. i 2 3

font une grande sottise de se laisser chasser, et qu’ils peuventen conscience (puisque conscience y a ) signer le serment qu’onleur demande : mais je suis si aise de les voir partir, que je n’aigarde de les tirer par la manche pour les retenir ; et si je faisimprimer mes réflexions, ce sera quand je les saurai arrivés àbon port, pour me moquer d’eux ; car vous savez qu’il n’y a debon que de se moquer de tout. Une autre raison me fait désirerbeaucoup de voir , comme on dit, leurs talons ; c’est que ledernier jésuite qui sortira du royaume emmènera avec lui ledernier janséniste dans le panier du coche , et qu’on pourra direle lendemain les ci-devant soi-disant jansénistes, comme nos-seigneurs du parlement disent aujourd’hui les ci-devant soi-disant jésuites. Le plus difficile sera fait, quand la philosophiesera délivrée des grands grenadiers du fanatisme et de l’intolé-rance ; les autres ne sont que des cosaques et des pandoures quine tiendront pas contre nos troupes réglées. En attendant,toutes les dévotes de la cour, que les jésuites absolvaient despetits péchés commis dans leur jeune tige, crient beaucoupcontre la persécution qu’on leur fait souffrir, et sur la précipi-tation avec laquelle on les expulse. Je leur ai répondu que leparlement ressemblait à ce capitaine suisse qui faisait enterrersur le champ de bataille des blessés encore vivans ; et qui, surles représentations qu’on lui faisait, répondait que, si on voulaits’amuser à les écouter , il n’y en aurait pas un seul qui se crûtmort, et que l’enterrement ne finirait pas.

A propos de Suisse , savez-vous que frère Berthier se retiredans votre voisinage ? les uns disent à Fribourg, les autres chezl’évêque de Bâle. Il prétend qu’il ne veut plus aller chez desrois , puisqu’on l’accuse de les vouloir assassiner; mais l’évêquede Bâle est roi aussi dans son petit village ; et à sa place je neme croirais pas en sûreté. Ce qu’il y a de fâcheux, c’est que cefrère Berthier, si scrupuleux sur son vœu d 'obéissance, ne l’estpas tant sur son vœu de pauvreté, s’il est vrai, comme on l’as-sure , qu’il s’en aille avec 4ooo livres de pension pour la bonnenourriture qu’il a administrée aux enfans de France. Par mafoi, mon cher maître, si cet homme est si près de chez vous,vous devriez quelque jour le prier à dîner, et m’avertir d’avance,je m’y rendrais ; nous nous embrasserions ; nous conviendrionsréciproquement, nous , que nous ne sommes pas chargés de foi,lui, qu’il nous est ennuyeux ; et tout serait fini , et cela res-semblerait à l’âge d’or.

On dit que le Corneille arrive. J’ai bien peur qu’il n’excitede grandes clameurs de la part des fanatiques ( car la littératurea aussi les siens), cl que vous ne soyez réduit à dire comme