124 CORRESPONDANCE
Gcorge-Dandin : J’enrage de bon cœur d’avoir tort lorsquej’ai raison. Après tout, l’essentiel est pourtant d’avoir raison ;cela est de précepte , et la politesse n’est que de conseil.L’éclaircissement, comme dit la comédie , nous éclaircira surla sensation que produira cet ouvrage. En attendant, riez ,ainsi que moi, de toutes les espèces de fanatiques, loyolistes,médardistes , boméristes , cornélistes , racinistes , etc. ; ayezsoin de vos yeux et de votre santé ; aimez-moi comme je vousaime, et écrivez-moi quand vous n’aurez rien de mieux à faire ;mais surtout laissez ce Crévier en repos. Quand les générauxsont bien battus , comme Jean-George et Simon son frère , lesgoujats doivent obtenir l’amnistie. Adieu , mon cher maître ; ilfaut que je respecte bien peu votre temps pour vous étourdir detant de balivernes.
Paris, 6 avril 1964 .
J e vous dois une réponse depuis long-temps , mon cher et il-lustre maître ; et il y a plus de quinze jours que vous l’auriez ,si je n’en avais été empêché par un débordement de bile, nonpas au moral et au figuré (quoiqu’en vérité ce monde si parfaiten vaille bien la peine), mais au propre et au physique, etpresque aussi abondamment que Palissot vient d’en verser danssa Dunciade. Avez-vous lu ce joli ouvrage , ou plutôt avez-vouspu le lire? il faut avouer que de pareils écrivains font bien del’honneur à leurs Mécènes. Ce qu’il y a de plaisant, c’est quel’auteur , pour avoir représenté , dans sa pièce des Philosophes,de très-honnêtes gens comme des cartouchiens , a été loué à lacour, protégé, récompensé. Il s’avise, dans sa Dunciade, dedire que Crévier est un âne; Crévier, vieux janséniste, se plaintau parlement ; le parlement veut mettre Palissot au pilori ; etles protecteurs de Palissot le font exiler , pour le soustraire auparlement; on le traite avec la même faveur que l’archevêquede Paris. Dites après cela cjue les lettres ne sont pas favorisées.Quant à moi , j’en suis fort content ; et si je fais jamais uneDunciade, je me flatte d’en être quitte aussi pour quelques moisd’absence; mais je ne ferai point de Dunciade, ou si j’avais lemalheur d’en faire une , ce ne serait ni M. Blin , ni M. duRosoi, ni M. Sabatier, ni M. Rochon, ni même M. Fréron quej’y mettrais , ce serait des noms plus illustres.
Laissons toutes ces infamies , et parlons à’Oljmpie. Je vousfélicite de ce grand succès. Vous y avez fait des chaugemens heu-reux. Le rôle de Slatira et celui de l’hiérophante sont beaux,celui de Cassandre a des moinens de chaleur qui intéressent,