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Tome cinquième.
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AVEC VOLTAIRE. ia5

celui d’Antigone etd’Olympie m’ont paru faibles; mais mademoi-selle Clairon y est admirable au dernier acte. Quand elle seraitun mandement d’évêque ou Y Encyclopédie, elle ne se jeteraitpas au feu de meilleure grâce. Voiture lui dirait qu’on ne luireprochera pas den’être bonne ni à rôtir ni à bouillir. Le spec-tacle est d’ailleurs grand et auguste, et cela s’appelle une tra-gédie bien étoffée : la représentation m’a fait très-grand plaisir,et la lecture que j’en ai refaite depuis a ajouté au plaisir de lareprésentation.

J’ai lu aussi depuis peu , par une espèce de fraude, un certainconte intitulé , CEducation d’un prince ; cela me paraît bienfort pour feu Vadé ; croyez-vous qu’il ait fait cela? Pour moi,sans faire tort à la manière de Vadé , j’aime encore mieuxce conte-là que tous ceux qu’il nous a donnés , et que j’aimepourtant beaucoup. Mais à propos de ces contes , permettez-moi, mon cher maître, de vous dire que vous êtes un drôle decorps. Je vous écris qu’une personne qui se dit de vos amis, dé-nigre Macare; les fruits de cet avertissement, après m’avoirmarqué le peu de cas que vous faites de cette personne et de sesjugemens , est une longue lettre que vous lui écrivez, et à la-quelle vous joignez le conte des Trois manières, en la priantde vouloir bien lui être favorable; cela s’appelle offrir une chan-delle au diable. Encore passe si vous n’en offriez qu’à des diablesde cette espèce, qui, après tout, ne sont que des diablotins; maisvous avez des torts bien plus grands, et vous sacrifiez sur leshauts lieux, ce qui, comme vous le savez , est une abominationdevant le Seigneur, du moins, si je me souviens encore du livredes Rois et des Paralipomènes dont vous vous souvenez mieuxque moi.

Nous touchons au moment de n’avoir plus de jésuites ; et cequi m’étonne , c’est que les herbes poussent comme à l’ordi-naire , et que le soleil ne s’obscurcit pas ; la dernière éclipsemême n’a pas été aussi forte que nous nous y attendions. « L’uni-vers ne sent pas la perte qu’il va faire ; » voilà un beau vers detragédie.

J’ai reçu une lettre charmante de votre ancien disciple ; il memande que, depuis qu’il a fait la paix, il n’est en guerre niavec les cagots, ni avec les jésuites , et qu’il laisse à une nationbelliqueuse , comme la française, le soin de ferrailler envers etcontre tous.

Que je confonde, dites-vous, ce maraud de Crévîer, je m’engarderai bien ; je n’ai pas d’envie d’être au pilori ou exilé. Ah !monsieur Crévier , que je trouve que vous avez raison dans toutce que vous dites !