126 CORRESPONDANCE
Cette tolérance n’est point encore tolérée , et je ne sais quandelle pourra parvenir à l’être. Il ine semble qu’on n’en distribuepoint encore. Nous attendons le Corneille ; il est entre les mainsd’un cuistre nommé Marin , qui doit décider» si le public pourrale lire. Il faut rire de cela , ainsi que de tout le reste. Adieu,mon cher confrère.
3 o juin 1764.
Cette lettre, mon cher et illustre confrère, vous sera remise pa rM. Desmarets , homme de mérite et bon philosophe , qui désirede vous rendre hommage en allant en Italie où il se propose desobservations d’histoire naturelle , qui pourraient bien donnerle démenti à Moïse. Il n’en dira mot au maître du sacré palais ;mais si par hasard il s’aperçoit que le monde est plus ancienque ne le prétendent même les Septante, il ne vous en ferapas un secret. Je vous prie de le recevoir et de l’accueillircomme un savant plein de lumières , et qui est aussi dignequ’empressé de vous voir. Adieu, mon cher et illustre confrère;je vous embrasse de tout mon cœur, et je voudrais bien par-tager avec M. Desmarets le plaisir qu’il aura de se trouveravec vous.
Paris, 9 juillet 1764.
Si vous aviez l’honneur , mon cher et illustre maître , d’êtreSimon Le Franc, je vous dirais comme défunt le Christ à défuntSimon Pierre , Simon, dormis ? Il y a un siècle que je n’ai en-tendu parler de vous. Je sais que vous êtes très-occupé et mêmeà une besogne très-édifiante ; mais laissez là le Talmud un mo-ment pour me dire que vous m’aimez toujours, et après cela jevous laisserai en liberté reprendre Moïse etEsdras au cul et auxchausses. Votre long silence m’a fait craindre un moment quevous ne fussiez mécontent de la liberté avec laquelle je vous aidit mon avis sur le Corneille, comme vous me l’aviez demandé;cependant, réflexions faites, cet avis ne peut vous blesser, puis-qu’il se réduit à dire que vous n’avez pas fait assez de révérences,en donnant des croquignoles, et que vous auriez dû multiplierles croquignoles et les révérences. A propos de croquignoles,vous venez d’en donner une assez bien conditionnée à maîtreAliboron et à l’honnête homme qui, comme vous le dites très-plaisamment , lui fait sa litière. Il est vrai que vous l’aviez belleet qu’on ne peut pas présenter son nez de meilleur grâce. Cettecroquignole était d’autant plus nécessaire, que maître Aliboron,