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Tome cinquième.
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AVEC VOLTAIRE. 143

l’amitié que vous me témoignez ; je crois la mériter un peu parmes sentimens pour vous. J’oublie de vous dire que j’ai écrit auministre une lettre simple et convenable, sans bassesse et sansinsolence , et que je n’en ai pas eu plus de réponse que l’Aca-démie. Si on attend que je fasse d’autres démarches , on attendralong-temps.

16 juillet i^65.

M on cher et illustre maître, je reçois à l’instant votre lettredu 8 , que M. de Yillette m’envoie de sa campagne ; et commeil serait trop long, et peut-être peu sûr de vous répondre par soncanal , en son absence je profite de l’occajion de mademoiselleClairon pour vous ouvrir mon cœur. Il est très-vrai que j’aiécrit tout ce qu’on vous a dit; mais, comme cela m’intéressepoint le roi, je croyais pouvoir écrire en sûreté, persuadé qu’onne rendait compte qu’à lui de ce que pouvaient contenir meslettres. Il n’est pas moins vrai que l’homme en place, dont vousme parlez, est parvenu à se rendre l’exécration des.gens delettres , dont il lui était si facile de se faire aimer. Je croisbien qu’il me hait , et je me pique de reconnaissance ; cepen-dant je n’imagine pas qu’il influe beaucoup dans le refus ou ledélai de ma pension ; je crois plutôt que les dévots de la couront fait peur au ministre , qui n’ose le dire pourtant, et quidonne de son délai toutes sortes de mauvaises raisons. Aureste, je vous laisse le maître de faire les démarches que vousjugerez utiles , pourvu que ces démarches ne m’engagent à rien :ce qui est bien certain , c’est que je n’en ferai pour ma part au-cune. Le roi de Prusse m’a déjà fait écrire, et j’attends unelettre de lui. On me dit de sa part que la place de président esttoujours vacante , qu’elle m’attend , et que, pdur cette fois, ilespère que je ne la refuserai pas ; mais ma santé ne me permetplus de me transplanter , et puis je suis plus amoureux de laliberté que jamais , et si je quittais la France , ce qui pourraitbien arriver si le roi de Prusse venait à mourir , ce serait pouraller dans un pays libre. Il est sûr que cette France m’est bienodieuse , et que , si ma raison est pour la Grèce , assurémentmon cœur n’y est pas. Tous les savons de l’Europe sont déjàinformés par moi ou par d’autres , de l’indignité absurde aveclaquelle on me traite , et quelques uns m’en ont déjà témoignéleur indignation. Il arrivera de mon affaire ce qui plaira audestin. Je quitterai Paris du moment où je ne pourrai plus yvivre , et j’irai m’enterrer dans quelque solitude. On me feratout le mal qu’on voudra ; j’espère que mes amis , le public et