AVEC LE ROI DE PRUSSE. 3a 7
mations exactes et multipliées que j’ai prises au sujet de M. Bor-relly. Je suis persuadé , sire, et d’après ces informations, etd’après ce que je connais par moi-même de ses talens et de soncaractère , qu’il méritera les bontés dont je prie votre majestéde vouloir bien I’honorer. J’ai été assez heureux jusqu’à présentpour répondre à la confiance de votre majesté dans les ditférenschoix dont elle m’a fait l’honneur de me charger, et j’ai toutlieu d’espérer qu’elle ne me fera point de reproche de celui-ci.
M. Borrelly , en présentant cette lettre à votre majesté , s’estchargé de lui remettre en même temps un ouvrage que l’au-teur, qui est de mes amis, m’a chargé de présenter à un aussiexcellent juge. Cet auteur, sire, est M. le chevalier de Châ-telux, homme de qualité, et d’une des plus anciennes maisonsde France, brigadier des armées du'roi, homme d’ailleursde beaucoup d’esprit et de mérite , et pénétré d’admirationpour votre majesté. L’application constante que M. le chevalierde Châtelux donne à son métier, ne l’empêche pas, sire, àl’exemple de votre majesté , de cultiver avec succès les lettreset la philosophie. L’ouvrage qu’il a l’honneur d’offrir à votremajesté, lui prouvera qu’il joint à une connaissance très-éten-due de l’histoire, des vues philosophiques, l’amour de l’huma-nité et le talent d’écrire. Il se propose de prouver que l’espècehumaine est moins malheureuse qu’autrefois , et que son mal-heur ira toujours en diminuant, grâce au progrès des lumières.Je le souhaite encore plus que je ne l’espère. Mais, de quelquemanière que votre majesté pense à ce sujet, j’ai lieu de croireque cet ouvrage lui inspirera de l’estime pour l’auteur, quiserait infiniment flatté que votre majesté voulût bien l’en assu-rer elle-même. Il mérite d’autant plus, sire, de recevoir devous cette marque flatteuse de bonté, qu’il est presque aujour-d’hui la seule personne distinguée par sa naissance dans cemalheureux royaume, qui aime vraiment les lettres et ceuxqui les cultivent. Ah! sire, que ces lettres infortunées ont besoinde conserver long-temps un protecteur tel que vous ! Il y along-temps, à dater du ministère du cardinal de Fleury, etmême de plus loin, qu’elles sont en France, sans encourage-ment et sans considération. Aujourd’hui on fait plus, on les hait,et il n’y a pas un homme en place qui ne soit leur ennemisecret ou déclaré. Votre majesté , qui a eu la bonté de me mar-quer sa satisfaction de ma nouvelle et très-mince dignité desecrétaire de l’Académie Française , ne peut pas s’imaginertoutes les intrigues qu’on a fait jouer pour m’en écarter. Il s’enfaut bien que j’aie eu l’unanimité des suffrages ; j’avais contremoi tous nos académiciens de cour et d’église, c’est-à-dire