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Tome cinquième.
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38a CORRESPONDANCE

nous ! je ne vois que les Espagnols à qui nous cédions les hon-neurs dupas en fait de sottise religieuse. Que dit votre majestéde ce qui se passe actuellement dans ce malheureux pays , de laprocession solennelle et brillante que l’Inquisition vient de faireà Cadix, des acclamations du peuple qui, prosterné à genouxdans les rues pendant cette belle cérémonie, criait, Vivo, la jediDios, du gouvernement qui la souffre, de la publication queles inquisiteurs ont osé faire des bulles de Paul IV et de Pie V,qui déclarent que tout le monde sera soumis à l’inquisition ,sans excepter le souverain , du roi d’Espagne qui permet cetteinsolence , qui même , dit-on, l'autorise ? On assure que ce tri-bunal exécrable reprend toute sa vigueur et toute son activité,et qu’un seigneur espagnol très-considérable est déjà condamné(par grâce spéciale) à une prison perpétuelle , pour avoir faitdéfricherpar des familles hérétiques qu’il aappelées d’Allemagne,plusieurs cantons de son malheureux pays. Voilà bien , sire,de quoi augmenter la mélancolie que Voltaire vous montre dansses lettres. Cette affliction a d’ailleurs une autre cause. On a im-prftné , J je ne sais comment, et je ne sais où , un ouvrage assezcurieux, intitulé : la Bible enfin expliquée, et commentée parplusieurs aumôniers de sa majesté le roi de P. Vous devinez ,sire, qui est ce roi-là. On s’est avisé, je ne sais pourquoi, decroire et de dire que Voltaire était le sacristain de ces aumôniers,et on ajoute que nos seigneurs du parlement, gens aussi éclairésque la sainte hermandad , et qui n’aiment pas que la Bible soitexpliquée par des hérétiques, veulent brûler solennellementcette explication, qui n’en sera pas meilleure, et sont assez mal-intentionnés pour le sacristain, qui pourtant est bien bon de lescraindre. Votre majesté ne pourrait-elle pas lui rendre le ser-vice de faire dire par son ministre au premier président et auxgens du roi, que cet ouvrage maudit est en effet celui de sesaumôniers, qui se sont amusés à cette besogne, pour soulagerl’oisiveté profonde où votre majesté les laisse ? Elle ferait parcelte déclaration une très-bonne œuvre , dont la philosophie luiaurait une obligation signalée, digne de toutes celles qu’ellevous a depuis si long-temps.

Je désire beaucoup d’apprendre quelles ont été les suites del’érysipèle de votre majesté , et de l’abcès qui en a été la fin. Jeconnais un vieillard de plus de quatre-vingts ans, qui était forttourmenté de la goutte , et qui depuis deux ans n’en entendplus parler, après avoir eu , comme votre majesté , des érup-sions à la peau , qui ont fini par des abcès. Oh I combien je dé-sirerais que votre majesté éprouvât le même soulagement, etpombien je serais flatté de le lui avoir annoncé !