AVEC LE ROI DE PRUSSE. 383
Recevez, sire, les assurances de toute la part que je prends àla naissance du nouveau prince dont votre auguste maison vientd’être augmentée. Recevez surtout, je vous en supplie, avecvotre bonté ordinaire, les vœux ardens que je fais pour votreconservation et votre bonheur , pendant l’année ou nous allonsentrer, et qui sera sans doute heureuse pour moi, puisqu’elleme procurera le précieux avantage de mettre encore aux piedsde votre majesté les sentimens de la vénération tendre et pro-fonde avec lesquels je serai toute ma vie, etc.
Paris, 27 février 1777.
iSire , je suis toujours comblé et pénétré des bontés de votremajesté, et de l’iutérêt qu’elle veut bien prendre aux progrèsde ma convalescence morale. Ces progrès , sire, sont toujoursbien lents ; l’élude profonde me distrait sans doute , et la con-versation paraît quelquefois m’intéresser. Mais quand , fatiguéde travail ou de société, ce qui arrive bientôt, je me trouveavec moi-même , et isolé comme je le suis dans ce meilleur desmondes possibles, ma solitude m’épouvante et me glace , et jeressemble à un homme qui verrait devant lui un long désert àparcourir, et l’abîme de la destruction au bout de ce désert,sans espérer de trouver là un seul être qui s’afflige de le voirtomber dans cet abîme, et qui se souvienne de lui après qu’il ysera tombé.
Mais je m’aperçois, toujours trop tard , que je fais toujoursla sottise d’entretenir votre majesté de mes idées lugubres,qu’elle-même veut bien dissiper. J’aime mieux lui parler duvoyage que je projette, de la douceur que j’éprouverai à mettreà se» pieds tous les sentimens de respect, de reconnaissance etd’admiration, dont je suis depuis si long-temps pénétré pourelle, et du bonheur que j’aurai encore une fois de la voir et del’entendre. Quoique ma santé en ce moment ne soit pas tropbonne, et que le moindre dérangement à mon régime et à mamanière uniforme de vivre , soit très-sensible à ma frêle etpauvre machine, j’espère cependant que cette santé et cettemachine me permettront de jouir des bontés de votre majesté ,et d’aller philosopher avec elle sur les grands maux et les petitsbiens de la vie.
Dans la triste situation où je suis, fe m’accroche où je puisme soulager, et je pense quelquefois que j’ai du moins le bon-heur de 11 e pas vivre en Espagne , et de n’avoir pas les inqui-siteurs à craindre. 11 est en effet bien humiliant pour un sou-