4i6 CORRESPONDANCE
gloire plus que jamais. Quelle vie et quel règne , dit en ce mo-ment toute l’Europe d’une voix unanime ! jamais plus bellepièce n’eut un plus beau cinquième acte; puisse ce cinquièmeacte durer encore bien des années ! je l’espère, sire, autant queje le désire,pour le bien de l’Europe , l’exemple des autres sou-verains , le bonheur de l’Allemagne , et enfin pour l’honneur dela philosophie et des lettres. Elles ont besoin plus que jamaisd’avoir un chef et un protecteur tel que vous. Elles n’en ont pointd’autres à espérer; mais vivez, sire, et vous leur suffirez.
Votre majesté a fait aux mânes de Voltaire un honneur quiefface tout celui qu’ils ont reçu. Je prends la liberté de lui en-voyer un petit discours que j’ai prononcé à l’Académie le jourde la réception de son successeur. Votre majesté verra bien qu’àla fin de la page 10 j’ai voulu indiquer, mais à mots couverts,et qui ont été bien entendus par l’auditoire, le refus qu’on afait à Voltaire et à Molière de les enterrer l’un et l’autre dansce que nous appelons terre sainte, quoiqu’on ait fini par leuraccorder cet honneur, mais à la vérité d’assez mauvaise grâce.
Je ne sais si j’ai eu l’honneur de mander à votre majesté qu’untrès-habile sculpteur de l’Académie, nomméHoudon, a fait unbuste de Voltaire qui est d’une ressemblance et d’une exécutionparfaite. Si votre majesté désirait de l’avoir, je la prie de medonner ses ordres sur cet objet., et je me ferais un devoir de lesexécuter avec autant de zèle que de promptitude.
Recevez, sire , avec votre bonté ordinaire ^assurance des sen-timens vrais et profonds que j’ai voués pour toute ma vie à votremajesté , de la vive reconnaissance que je lui dois , de l’admira-tion dont je suis pénétré pour elle , et de la tendre vénérationavec laquelle je serai jusqu’à mon dernier soupir , etc.
Paris, a juillet 1779.
Oint, lorsque j’eus l’honneur d’écrire ma dernière lettre àvotre majesté, la paix qu’elle vient de donner avec tant de gloireà l’Allemagne était près de se conclure , et je crus dès ce mo-ment pouvoir témoigner à votre majesté toute la joie que je res-sentais d’un événement tout à la fois si heureux pour l’Europe ,si précieux à ses peuples, et si honorable pour elle. Je prends laliberté de lui renouveler aujourd’hui l’expression des mêmessentimens, et d’une admiration que j’ai le bonheur départager au-jourd’hui avec tous ceux qui entendent prononcerle nom de votremajesté. Cetle admiration , sire, est aussi universelle que juste,et jamais peut-être aucun monarque n’a été plus généralement
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