AVEC LE ROI DE PRUSSE. 4*9
politiques, l’admiration et le respect dont toute la nation estpénétrée pour votre majesté est à un degré inexprimable , et onne tarit point, sire, sur les éloges qui sont dus à la conduite siferme, si noble, si courageuse que votre majesté vient de tenirdans l’affaire importante qui agitait l’Allemagne. J’en ai déjàtant parlé à votre majesté , que je crains en me répétant de pa-raître adulateur ; mais , sire , on n’a point d’adulation à se re-procher quand on est l’écho de la voix publique; et jamais ellen’a été si unanime et si énergique qu’elle l’est en ce momentsur votre majesté. Quelle satisfaction n’aurais-je pas eue à luiexprimer moi-même tous ces sentiinens , si ma frêle machinem’avait permis de m’exposer aux fatigues d’un long et péniblevoyage ? Jamais, sire, je n’ai éprouvé un plus grand désir djal-ler me mettre aux pieds de votre majesté ; mais j’ai craint den’avoir pas la force d’arriver jusqu’à mie. Je ne puis cependantrenoncer encore totalement à l’espérance de la voir et de l’en-tendre, et si dans l’état de faiblesse où je suis, je trouvais quel-que moment lucide, j’en profiterais à l’instant pour satisfairemon cœur.
Nous venons , sire, de donner à l’Académie Française le prixque nous avions proposé pour l’éloge de Voltaire , et que j’avaisaugmenté de 600 livres, pour honorer par le denier de la veuvela mémoire de mon illustre ami. La pièce de vers qui a rem-porté le prix est pleine de très-belles choses ; l’auteur n’a pasvoulu se nommer, et il a cédé la médaille à la pièce qui a euY accessit, et qui a beaucoup de mérite aussi. On croit que cetanonyme est M. de lia Harpe.
L’Académie Française possède, sire , le buste de Voltaire dontj’ai eu l’honneur de vous parler. C’est moi qui le lui ai donné;mais comme je ne suis pas riche, je n’ai pu le donner qu’enterre cuite. Votre majesté l’aura en marbre quand elle le vou-dra ; le buste est de mille écus ; elle pourra si elle veut, medonner ses ordres à ce sujet, ils seront promptement exécutés.Elle pourrait même en faire faire deux, un pour elle, et un pourl’académie de Berlin , qui recevrait sûrement ce buste avec tousles sentiinens dus au donateur et à l’original. J’oubliais de direà votre majesté que ce buste est de deux manières; toutes deuxtrès-ressemblantes , l’une à l’antique avec la tête nue, l’autreavec la perruque, ce qui n’est pas si pittoresque , mais en mêmetemps aide à la ressemblance parfaite ; et c’est de cette dernièremanière que je l’ai donné à l’Académie.
Vous 11’avez que trop raison , sire, sur la décadence où toutest tombé, et sur le grand vide que laisse la mort de Voltaire ;tuais tel est le sort des choses humaines. Quand même notre