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Tome cinquième.
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AVEC LE ROI DE PRUSSE. 433

fait aisément se faire donner la forme et les dimensions. Ellepourrait alors en élever un pareil à Berlin au Raphaël de la littéra-ture française , et ce serait, ce me semble , pour cette église unebeauté de plus, et pour votre majesté, protectrice du génie,mêmeaprès sa mort, un nouveau monument de grandeur et de gloire.

En attendant, sire , ce monument si précieux pour les lettrese* pour la philosophie , dont j’ose encore ne pas désespérer , ontravaille sérieusement et sans délai au buste de marbre, tel quevotre majesté l’a ordonné , coiffé à la française , et de la plusparfaite ressemblance. Je ne sais si votre majesté destine cebuste à son cabinet ou à l’académie. Si elle en veut un second ,je la prie de vouloir bien me donner sur cela ses ordres. Ellepourrait au reste se contenter de l’original, pour l’avoir dansson cabinet, comme il m’a paru que c’était d’abord son inten-tion, et faire faire ensuite à Berlin par son sculpteur Tassartuue copie bien exacte de ce buste pour l’Académie. Quoi qu’ilen soit, dès que l’ouvrage sera fini ( et je compte qu’il le serabientôt), j’aurai l’honneur d’en donner avis à votre majesté,et de prendre les moyens les plus sûrs et les plus prompts pourle lui faire parvenir.

Ma santé, à laquelle votre majesté veut bien prendre assezd’intérêt pour m’en demander quelque détail , est en ce momentmeilleure., depuis la cessation des chaleur# affreuses et opi-niâtres que nous avons essuyées pendant un mois : mais elle esten général si incertaine et si chancelante , que je ne puis etn’ose plus former de projets de voyage. Je me vois réduit àvégéter et à languir dans un malheureux pays , où les lettressont plus avilies , plus opprimées et plus persécutées que jamais ,où les prêtres sont méprisés et puissans, où le génie est outragéde son vivant et après sa mort, où en un mot rien ne peut meretenir aujourd’hui que l’extrême danger de changer de place.Que j’aurais , sire , de consolation et de plaisir même à verserdans le sein de votre majesté toutes mes peines , et tout ledétail des maux qu’on fait souffrir en France à la raison et à lajustice ! je la supplie du moins de vouloir bien me conservertoujours ces mêmes bontés qui ont fait si long-temps ma gloireet mon bonheur , et qui font aujourd’hui mon seul dédomma-gement et ma seule ressource.

Je suis avec la plus profonde et la plus tendre vénération , etc.