ÉCRITS KT LETTRES DE JACQUELINE. III. 1652 A 1661. 183
billet du 24 (juillet) ne me laisse plus aucun lieu d’espé-rer. Je vous prie de juger de l’état où je suis. Je n’entre-prends pas de vous l’exprimer, et aussi il seroit bien inu-tile; mais j’ay cru que j’étois obligée de rendre à ma sœuret à vous toute l’assistance qui est en mon pouvoir encette extrémité. Je le fais devant Dieu le plus souventque je puis, et nos mères ont eu la bonté de faire ressouve-nir plusieurs fois la communauté de prier pour elle, Jinlinelle peut bien s’assurer qu’on ne l’oublie point; on a tropde charité pour tout le monde, et pour elle en particulier.Mais je crois que la plus efficace de toutes les prières, etcelle qui méritera que Dieu daigne écouter toutes cellesîle nos amies, c’est de lui témoigner la fidélité que nouslui devons en cette rencontre si importante. Je vous parledans le plus sensible de ma douleur, et ce me semblecomme n’ayant plus d’espérance, quoy que je sente bien sou-vent que la dernière nouvelle fera tout un autre effet en moy,si Dieu veut nous affliger tout à fait. Cela m’oblige devous dire qu’il n’y a point d’occasion où nous puissionsmieux reconnoitre si nous avons une véritable foi ; car en-fin Dieu veut, ce me semble, que nous espérions qu’il luifera miséricorde en ce moment si redoutable, après luiavoir fait la grâce de lui donner un sincère désir de leservir et d’ètrc toute à lui pendant sa santé. Cette seulepensée doit adoucir toute l’amertume de cette affliction ;car il ne faut pas espérer ny même désirer qu’elle 1 étouffe' tous les sentimens de la nature; mais je crois qu’elle lesdoit modérer jusque-là même de ne pas demandersa vie à Dieu. Je l’ay fait néanmoins en faveur de -vouset de ses enfans ; mais quand je. me suis ressouvenueque Dieu nous a ôté feue ma mère beaucoup plus
1 Le manuscrit : qu ’il ét.