LIVRE PREMIER.
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lois ; au dehors, ses droits et sa puissance. En unmot, l’indépendance et l’ordre, tels sont les bien-faits du pouvoir. Qu’il disparût un jour, la sociétéserait dissoute.
C’est la civilisation , par ses progrès, la civilisa-tion, création du pouvoir et son honneur, quimène l’homme à la liberté. Elle développe en luiune seconde nature ; elle suscite en lui des besoinsnouveaux, ceux de l’ordre moral. La sécurité ma-térielle ne lui suffit plus : il n’avait que des intérêtsd’abord ; il sent en soi quelque chose de plus pré-cieux, de plus haut, de plus sacré; ce sont desdroits. Il veut la sécurité politique.
Alors, sa vie extérieure le préoccupe moins quecetle vie intime qui bouillonne en lui. Il s’indignedes barrières, et veut s’élancer sans entraves versles théories qui l’attirent, vers les découvertes quil’agrandissent, vers le Dieu intime qu’il conçoitet qu’il révère. Le champ qu’il féconde de sessueurs , la maison qu’il a héritée de ses pères, letombeau qu’il a élevé à leurs cendres, le trésorqu'il entend léguer à ses fils, ne sont plus les pro-priétés uniques dont il soit jaloux. Il a enfin d’au-tres richesses qui le touchent davantage : ses con-victions et sa fierté, le nom et la gloire de sesancêtres, l’indépendance de ses fils et leur dignité.Il n’avait conçu dans le commencement qu’un be-soin , celui de se prémunir contre ses semblables,et le pouvoir avait été armé par lui pour échap-