PRINCIPES GÉNÉRAUX. 49
la société deux intérêts, deux forces, deux pas-sions aux prises. Vous les rencontreriez, quandvous réduiriez la société à deux hommes. D’unepart est l’esprit de conservation, le premier-néde la propriété, le gardien jaloux de l’ordre social,le génie familier des classes élevées, le dieu des so-ciétés antiques. Il est tellement inhérent aux ré-gions supérieures, que, si on lui laissait pleinecarrière, il irait jusqu’à immobiliser la puissanceaux mains d’ordres privilégiés, pour concentreret immobiliser plus sûrement la propriété elle-même.
D’autre part est le besoin de changement, l’espritnovateur, la recherche des améliorations indéfi-nies, l’ardeur d’acquérir par toute voie et à toutprix, instinct fécond à la fois et redoutable, qui estsurtout propre aux couches secondaires de la so-ciété, qui les porte sans cesse à envahir l’Étattout entier. C’est pour mener les masses violem-ment à la propriété qu’il les pousse à la puissance.
Eh bien ! que le pouvoir populaire, que les tri-bunes qui le représentent et le résument, appar-tiennent sans partage à ce génie entreprenant : levoilà qui sape, mine, ronge toutes les institutionset tous les droits ! Il ne s’arrêtera que lorsque la so-ciété bouleversée sera, aussi bien que l’Etat, re-prise aux fondements.
Certes, ce n’est pas pour détruire que la liberté
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