LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE. I I 3
proportionnée à la grandeur, aux difficultés , auxcomplications de cette subversion immense de1789, qui avait accompli une autre oeuvre qu’unetransformation accidentelle et passagère de l’État,qui passa au crible la société même , et, achevantl’ouvrage ébauché par Louis XI, continué par Ri-chelieu , poursuivi par Louis XIV, coucha dans lapoussière l’édifice entier de la constitution féodaleà laquelle s’était appuyée la monarchie française.Tel est le caractère véritable de la révolution quenous avons à gouverner et à clore. Elle fut unesorte de loi agraire qui fit du sol une répartitionnouvelle : elle marqua l’avènement du grandnombre à la propriété ; des classes moyennes, à lapuissance; de tous , à l’égalité.
Les révolutions dépassent toujours, d’un bond,leur premier but. Les Anglais, en combattant pourla suprématie d’un culte, arrivèrent à la libertépolitique. En France, c’est bien la liberté quetous les sprits veulent de prime-abord. Né,comme il arrive toujours, dans les hautes ré-gions de l’ordre social, descendu de la cour à laville, de la noblesse à la bourgeoisie, ce vœu estprémédité , mûri, exprimé d’une façon régulière ,consigné enfin dans les cahiers des députés lesplus librement et les mieux élus qu’il y ait eudans le monde. Jamais volonté nationale ne fut,et plus authentique, et plus universelle. Mais toutà coup, voilà que la révolution , non contente de
8