LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE. I27
avait les masses avec elle ; ces masses furent hé-roïques contre l’étranger. Elles enfantèrent les ar-mées, les capitaines, les victoires ; aussi ne servi-rait-il de rien aujourd’hui d’accuser l’origine de lasociété nouvelle, de lui objecter les méfaits quisuivirent sa naissance. Il en est des révolutionscomme des enfants des barbares qu’on livraitau cours des fleuves pour les éprouver, et n’a-vouer que ceux qui résistaient aux flots. Elle arésisté à toutes les tempêtes. Telle est sa nature,qu’elle a revêtu d’une insurmontable puissancetous les gouvernements créés ou reconnus par elle,soit qu’elle se chargeât elle-même de se régir sousl’ombre d’un comité de salut public, soit qu’elleceignît avec le plus grand de ses fils le bandeaudes rois, et poursuivît les restes des projets dePilnitz dans toutes les capitales et sur tous lestrônes. Et si l’Europe devait finir par prendre surles armes françaises une revanche terrible, les in-térêts nouveaux n’étaient plus en question depuislongtemps. Ils avaient depuis longtemps assuréleurvictoire. L’EuropeàCampo-Formio, à Amiens,partout, les avait reconnus sans retour. Ce fut nonplus l’esprit démocratique, mais l’esprit militaire,non plus la passion de la liberté, mais la passiondes conquêtes qui souleva les résistances offen-sives des têtes couronnées. Des envahissementsdynastiques avaient remplacé la propagande révo-lutionnaire. Napoléon en personne, Napoléon