IA SOCIÉTÉ FRANÇAISE. I 5 1 ]
de quarante années, qui avait passé sur nous enmugissant sans cesse le nom de la liberté, s’étaitécoulée tout entière sans laisser une idée, un sen-timent de liberté parmi nous. Des coups d’Etat,c’est-à-dire des coups de force du parti populaire,composent toutes ses annales, aussi bien que toutesa science; et ces coups d’Etat ne blessaient pas laconscience publique, comme contraires à la libertévéritable, qui repousse toujours la force et cherchetoujours la justice. Non! ces victoires successivesdes factions ne faisaient que l’envie , que le déses-poir des partis contraires. C’était à qui s’arrache-rait ces armes terribles. D’un côté , on était dis-posé à nommer ordre les triomphes obtenus ainsi;de l’autre, on les appelait liberté. Mais violence ,mais iniquité, mais attentats aux lois de la civili-sation ; mais retour aux temps barbares, on ne lesnommait, on ne les jugeait ainsi nulle part.
Aussi Napoléon avait-il trouvé sa tâche facile.Dès les premiers jours du consulat, sa main hardiefrappe sans relâche des coups d’Etat sur l’anar-chie; il déporte par ses décrets les citoyens, cassedes jugements, supprime les libertés, renverse deslois ; enfin , il confisque la république tout en-tière au profit de son épée, et la France attentivefait silence , ou plutôt elle applaudit. Car la tyran-nie frappait les tyrans, et si le parti vaincu mur-murait, c’était d’être vaincu, non pas de l’êtrepar de telles armes; c’était d’être dépossédé du