LA RÉVOLUTION DE l83o, ^43
ancien qu’eux-mèmes. On ne leur semble supérieurà eux, qu’à la condition de leur être antérieur.
Il faut le dire, la peur régnait. Car c’est là tou-jours le moyen de persuation du parti révolution-naire. Le parti constitutionnel ne comprit pas saforce : il oublia la France. S’il eût tenu bon dansl’enceinte sacrée de la Charte et de la monarchieune seule fois, les révolutionnaires de Paris eus-sent été contraints de fléchir, ou bien d’arborerle bonnet rouge. La nation n’était pas préparée àcette insolence. Elle se fût levée toute entièrepour la punir. À la vérité, Dieu seul peut savoiraprès quels désastres, et au prix de quels flotsde sang ! C’était un prix redoutable : on espéraainsi n’avoir point à le payer.
Pendant ce travail de démolition par lequel oncroyait sérieusement reconstruire, le gouverne-ment républicain de l’Hôtel-de-Ville, assoupi de-puis quelques jours dans son abdication forcée,ou réduit à de simples négociations, se réveilla. 11se réveilla sous une forme nouvelle qu’il allait dé-sormais garder pour tenir en échec le gouverne-ment officiel, celle de l’émeute, Sosie incompletde la grande semaine, ayant les mêmes colèrescontre les lois que la grande semaine pour les lois,montrant également des pavés à ses adversaires,mais, grâce à Dieu, ne ralliant plus la cité entière,et ne faisant que rendre visibles à tous les yeux lesmaux auxquels la France s’efforcait d’échapper.