368 LIVRE QUATRIÈME.
Aussi n’y a-t-il pour lui ni Charte ni loi écrite.Sa loi suprême, c’est le caprice, c’est la fureurdu moment. Ce caprice terrible sera celui de qui-conque usurpera le nom du peuple; le caprice,il y a quarante ans, des hordes qui couraientles rues, tenant à la main des piques sanglan-tes et se croyant le peuple souverain; le caprice,aujourd’hui, d’hommes graves qui, au nom dela même souveraineté, trouvent tout simple desubstituer leur association à celle de l’Etat, poursuppléer (le mot était écrit) le gouvernement légal,entreprendre à son lieu et place la défense com-mune, faire enfin de tous points acte d’usurpation,et, comme on disait dans les républiques an-ciennes, acte de tyrannie.
Faut-il rechercher s’il y a liberté sous ce ré-gime ? Qui ne voit que, de toutes les donnéespolitiques, c’est la plus profondément contraireà toute notion de justice et partant de liberté ? Laloi, c’est la volonté du peuple; la justice, l’utilitéprésente ; la règle, il n’y en a pas. La puissancepopulaire est sans contre-poids, comme sans li-mite. Le même instant voit éclore la pensée et laloi, le soupçon et le châtiment. Ah ! soutenez untel régime; parez des dons du talent, des pompesde l’éloquence, des armes de la logique, de toutce qui fut créé pour une lin meilleure, les prin-cipes qui sont comme les avenues de ce régimeabominable; mais, pour Dieu ! n’inscrivez pas,