ANARCHIE MORALE. 4f)5
en avait reçus dans le dernier siècle. Une sorte decynisme dogmatique l’a envahie tout entière. Si,sur la foi d’un nom connu et d’éloges quotidiens,vous affrontez un théâtre, vous trouvez des scènesoù la dignité d’un sexe est violée de cent façons,comme la pudeur de l’autre. Partout les mêmesspectacles vous attendent. Il est des énormitésqu’on laisse encore derrière le rideau, en se bor-nant à les annoncer d’avance, et ensuite à les ra-conter. Bientôt on les mettra sur la scène, commeon a fait de l’échafaud : le roman a déjà donnél’exemple. Ce sont là les inventions du drame, duconte, de la nouvelle. La muse travaille tour àtour sur les obscénités et sur les horreurs, commeautrefois sur les passions. Un auteur célèbre im-prime dans un style, laborieusement barbare afind’être original, qu’il faut bien en arriver là pourtrouver du nouveau. A. ce compte, que devien-drons-nous, lorsque la tragédie et le roman aurontépuisé cette veine sauvage, qui est courte, Dieumerci ? Quand elles n’éclaireront plus des orgiesou des massacres, faudra-t-il que les lettres étei-gnent leur flambeau?
Malheureux jeunes gens, qui, dans votre indi-gence, espérez vous enrichir en empruntant desvices, qui croyez inventer en rétrogradant vers lesdébauches de Crébillon et de Voltaire, ou versles énormités exagérées et faussées de Shakes-peare, qui tantôt prenez pour de la hardiesse lit-