ANARCHIE MORALE. 497
délicat, laborieux et grave qui fait les succès deslettres, tout cet anachronisme présente un tristesymptôme. N’oublions pas que la même littéra-ture, qui prend l’initiative pour le renversementdes mœurs, l’a prise aussi, comme il y a quaranteans, pour le renversement des propriétés et deslois. Voilà toutes les colonnes de l’ordre socialattaquées en même temps par elle, et nous venonsde voir qu’elle a déjà compté bien des victoires.L’avenir seul dira tout ce qu’elle doit compter devictimes.
Le dérèglement des imaginations accuse la litté-rature qui le dessert, moins haut que la société quil’encourage, que l’autorité qui le tolère. Et l’au-torité a fait plus : poussant les conséquences dejuillet, comme on dit, plus loin que les Chambres,plus loin que les écrivains, plus loin que le pu-blic, elle s’est plu à fortifier la liberté absolue dela presse du secours d’une autre immunité qui n’aexisté mille part dans le monde, que personne neréclamait, la liberté illimitée des théâtres. Cetteliberté est-elle dans l’intérêt des théâtres ? Ils tom-bent en ruine. Dans l’intérêt de l’art? On sait leschefs-d’œuvre que la scène a produits dans cepériode d’une liberté sans frein comme sansexemple. La licence est mauvaise au talent ainsiqu’à tout le reste ; c’est une terre dont la féconditédéplorable étouffe les bons germes sous le poidsdes mauvais. Otez le petit chapeau, la redingote
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