ANARCHIE MORALE.
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veut une religion comme il veut une monarchie,l’une sans trône et sans roi, l’autre sans autels etsans dieu.
Nous avons dit de ce parti qu’il est nécessaire-ment impuissant et stérile ; nous avions tort. Onavait bien parlé jusqu’à présent de l’athéismedans les mœurs, dans les opinions, dans les lois ;les lois athées sont célèbres. Mais un temple athée,ce serait une création.
Imaginez quel temple, quel saint Denis popu-laire ils nous auraient donné ! En arrière, rien ;tout commence à 1791. En avant, rien ; tout finità la mort. Des sépultures sans passé, un templesans avenir ! une pierre entre deux abîmes ! uncénotaphe, un sépulcre vide, bâti sur le néant!Pour remplir le monument et payer une dette à lagloire, la mort seule, partout la mort ! C’est bienla religion, c’est bien la philosophie, c’est bienla politique des révolutionnaires ; mais ils ne sontpas toujours aussi naïfs.
Àh! nous aimons, nous (malgré toutes ces fo-lies, osons encore le déclarer), nous aimons lapensée d’un panthéon pour les demi-dieux de lapatrie; nous aimions, enfant, cette inscription quifait vibrer le cœur : Aux grands hommes , la patriereconnaissante ! Nous concevrions tous les grandscitoyens venant trouver, dans ce prytanée su-prême, un dernier et glorieux asile, Nous verrions,avec émotion, leurs tombeaux séparés, ou plutôt