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SGANARELLE.
Mais je le laisse aller après un tel indice,
Et demeure les bras croisés comme un jocrisse (1)!
Ali ! je devais du moins lui jeter son chapeau,
Lui ruer quelque pierre, ou crotter son manteau,
Et sur lui hautement, pour contenter ma rage,
Faire au larron d'honneur crier le voisinage
(Pendant le discours de Sganarelle, Célie s'approche peu à peu, etattend, pour lui parler, que son transport soit fini.)
CÉLIE , k Sganarelle.
Celui qui maintenant devers vous est venu,
Et qui vous a parlé, d où vous est-il connu?
SGANARELLE.
Hélas! ce n’est pas moi qui le connais, Madame :
C’est ma femme.
CÉLIE.
Quel trouble agite ainsi votre âme !
SGANARELLE.
Ne me condamnez point d’un deuil hors de saison,
El laissez-moi pousser des soupirs à foison.
CÉLIE.
D’où vous peuvent venir ces douleurs non communes?
SGANARELLE.
Si je suis affligé, ce n'est pas pour des prunes (2),Et je le donnerais à bien d'autres qu’à moi,
De se voir sans chagrin au point où je me voi.
Des maris malheureux vous voyez le modèle :
On dérobe l’honneur au pauvre Sganarelle :
Mais c’est peu que l’honneur dans mon affliction :L'on me dérobe encor la réputation.
CÉLIE.
Comment ?
SGANARELLE.
Ce damoiseau, parlant par révérence,Me fait cocu, Madame, avec toute licence;
Et j'ai su par mes yeux avérer aujourd'huiLe commerce secret de ma femme et de lui.
CÉLIE.
Celui qui maintenant...
(1) Jocrisse , mot populaire qui renferme toute la peinture d’un individu. Vx.jocrisse est en même temps sot, avare, laid, et poltron. C’est un homme qmferme les yeux sur les désordres de sa femme, et s'abaisse? aux plus petite dé-tails du ménage.
(2) Ce n'est pas jwur des p7'imes. Proverbialement. Ce n’est pas pour peu dechose-