Band 
Tome I.
Seite
197
JPEG-Download
 

SCÈNE XVI.

197

SGANARELLE.

Oui, oui, me déshonore;

Il adore ma femme, et ma femme l'adore.

CÉLIE.

Ah ! j'avais bien jugé que ce secret retourNe pouvait me couvrir que quelque lâche tour ;

Et j’ai tremblé d'abord, en le voyant paraître,

Par un pressentiment de ce qui devait être.

SGANARELLE.

Vous prenez ma défense avec trop de bonté :

Tout le monde n’a pas la même charité ;

Et plusieurs qui tantôt ont appris mon martyre,

Bien loin d’y prendre part, n’en ont rien fait que rire.CÉLIE.

Est-il rien de plus noir que ta lâche action?

Et peut-on lui trouver une punition?

Dois-tu ne le pas croire indigne de la vie,

Après t’être souillé de cette perfidie ?

O ciel! est-il possible?

SGANARELLE.

11 est trop vrai pour moi.

CÉLIE.

Ah ! traître ! scélérat ! âme double et sans foi !

SGANARELLE.

La bonne âme!

CÉLIE.

Non non, l’enfer n’a point de gêneQui ne soit pour ton crime une trop douce peine.

SGANARELLE.

Que voilà bien parler!

CÉLIE.

Avoir ainsi traité

Et la même innocence et la même bonté !

SGANARELLE soupire liaut.

Haie !

CELIE.

Un cœur qui jamais n’a fait la moindre choseA mériter l'affront où ton mépris l’expose!

SGANARELLE.

Il est vrai.

CÉLIE.

Qui, bien loin... Mais c’est trop, et ce cœurNe saurait y songer sans mourir de douleur.

SGANARELLE.

Ne vous fâchez pas tant, ma très chère Madame,