Band 
Tome I.
Seite
214
JPEG-Download
 

L’ÉCOLE DES MARIS.

■m

S’il faut qu'il ait besoin qu'on le garde sans cesse.Pensez-vous, après tout, que ces précautionsServent de quelque obstacle à nos intentions?

Et, quand nous nous mettons quelque chose à la tète,Que l’homme le plus fin ne soit pas une bête ?

Toutes ces gardes-là sont visions de fous;

Le plus sûr est, ma foi, de se fier en nous;

Qui nous gêne se met eu un péril extrême,

Et toujours notre honneur veut se garder lui-même.C’est nous inspirer presque un désir de pécher,

Que montrer tant de soins de nous en empêcher ;

Et si par un mari je me "voyais contrainte,

J’aurais fort grande pente à confirmer sa crainte.

SG.LYARELLE, à Ariste.

Voilà, beau précepteur, votre éducation;

Et vous souffrez cela sans nulle émotion ?

ARISTE.

Mon frère, son discours ne doit que faire rire ;

Elle a quelque raison en ce qu’elle veut dire.

Leur sexe aime à jouir d’un peu de liberté;

On le retient fort mal par tant d’austérité ;

Et les soins déliants, les verrous et les grilles,

Ne font pas la vertu des femmes ni des tilles :

C’est l’honneur qui les doit tenir dans le devoir,

Non la sévérité que nous leur faisons voir.

C’est une étrange chose, à vous parler sans feinte,Qu’une femme qui n’est sage que par contrainte.

En vain sur tous ses pas nous prétendons régner,

Je trouve que le cœur est ce qu’il faut gagner;

Et je ne tiendrais , moi, quelque soin qu’on se donne,Mon honneur guère sûr aux mains d’une personneA qui, dans les désirs qui pourraient l’assaillir,

Il ne manquerait rien qu’un moyen de faillir.

SCANARELLE.

Chansons que tout cela !

ARISTE.

Soit ; mais je tiens sans cesseQu’il nous faut en riant instruire la jeunesse,Reprendre ses défauts avec grande douceur,

Et du nom de vertu ne lui point faire peur.

Mes soins pour Léonor ont suivi ces maximes;

Des moindres libertés je n’ai point fait des crimes '

A ses jeunes désirs j’ai toujours consenti,

Et je ne m’en suis point, grâce au ciel, repenti.