ACTE II, SCÈNE II. : 267
Je pense qu’il en pleut ici île Ions cotés.
Je les fuis, et les trouve -, et, pour second martyre,
Je ne saurais trouver celle que je désire.
Le tonnerre et la pluie ont promptement passé,
Et n’ont point de ces lieux le beau monde chassé.
Plût au ciel, dans les dons que ses soins y prodiguent,Qu’ils en eussent chassé tous les gens qui fatiguent !
Le soleil baisse fort, et je suis étonnéQue mon valet encor ne soit point retourné.
SCÈNE II.
ALCIPPE, ËRASTE.
ALCIPPE.
Bonjour.
ÊRASTE, à part.
Hé quoi! toujours ma flamme divertie!
ALCIPPE.
Console-moi, marquis , d'une étrange partie
Qu’au piquet je perdis hier contre un Saint-Bouvai n, *
A qui je donnerais quinze points et la main.
C’est un coup enragé, qui depuis hier m’accable,
Et qui ferait donner tous les joueurs au diable (1),
Un coup assurément à se pendre en public.
11 ne m’en faut que deux, l’autre a besoin d'un pic :
Je donne, il en prend six, et demande à refaire ;
Moi, me voyant de tout, je n’en voulus rien faire.
Je porte l’as de trèfle (admire mon malheur! ),
L’as, le roi, le valet, le huit et dix de cœur,
Et quitte, comme au point allait la politique,. '
Dame et roi de carreau, dix et dame de pique.
Sur mes cinq cœurs portés la dame arrive encor,
Qui me fait justement une quinte major;
Mais mon homme avec l’as, non sans surprise extrêmeDes bas carreaux sur table étale une sixième.
J'en avais écarté la dame avec le roi;
Mais lui fallant un pic, je sortis hors d’effroi,
(1) Dans l’ancien jeu de piquet, chaque coureur avait un six, ce qui élevaitle nombre des cartes à trente-six au lieu de trente-deux. La description d’Alcippeprésente quelques difficultés à ceux mêmes qui connaissent cette circonstance :voilà pourquoi sans doute il porte utt jeu sur lui, pour répéter ce coup qui luifait donner tous les Joueurs au diable t