ACTE III, SCÈNE IV. . 325
De tendresse innocente et d’ingénuité,
De la manière enfin que la pure natureExprime de l’amour la première blessure.
ARNOLPlllî, lias, à part.
Voilà, friponne, à quoi l'écriture te sert :
El, contre mon dessein, l’art t’en fut découvert.
IIOKAGE lit.
.* « Je veux vous écrire, et je suis bien en peine par où je ni y« prendrai. J’ai des pensées que je désirerais que vous sus-« siez; mais je ne sais comment faire pour vous les dire, et« je me défie de mes paroles. Comme je commence à con-« naître qu'on m’a toujours tenue dans l’ignorance, j’ai peur« de mettre quelque chose qui ne soit pas bien, et d’en dire« plus que je ne devrais. En vérité, je ne sais ce que vous« m'avez fait, mais je sens que je suis fâchée à mourir de ce« qu’on me fait faire contre vous, que j'aurai toutes les pei-« nés du monde à me passer de vous, et que je serais bien« aise d’être à vous. Peut-être qu’il y a du mal à dire cela:« mais enfin je ne puis m’empêclier de le dire, el je voudrais« que cela se pût faire sans qu'il y en eût On me dit fort que« tous les jeunes hommes sont des trompeurs, qu'il ne les« faut point écouter, et que tout ce que vous me dites n’est« que pour m'abuser; mais je vous assure que je n’ai pu en-te core me figurer cela de vous ; et je suis si touchée de vos« paroles, que je ne saurais croire qu’elles soient menteuses.« Dites-moi franchement ce qui en est ; car enfin, comme je« suis sans malice, vous auriez le plus grand tor( du monde« si vous me trompiez, et je pense que j’en mourrais de dé-« plaisir. »
ARXOLPI1E, à part.
Hon ! chienne !
HORACE,
Qu’avez-vous ?
ARNOI.PHE,
Moi? rien. C’est que je tousse
HOR ACE,
Avez-vous jamais vu d’expression pins douce?
Malgré les soins maudits d'un injuste pouvoir,
En plus beau naturel se peut-il faire voir?
Et n’est-ce pas sans doute un crime punissableDe gâter méchamment ce fond d’âme admirable -D'avoir, dans l’ignorance et la stupidité,
Voulu de cet esprit étouffer la clarté?
L’amour a commencé d’en déchirer le voile :
MOLIÈRE. — T. I.
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