ACTE IV, SCÈNE VIII.
El je serai la dupe, en ma maturité,
D’une jeune innocente et d'un jeune éventé!
En sage philosophe on ma vu, vingt années,Contempler (les maris les tristes destinées,
Et m'instruire avec soin de tous les accidents
Qui font dans leur malheur tomber les plus prudents;
Des disgrâces d'autrui profitant dans mon âme,
J’ai cherché les moyens, voulant prendre une femme,De pouvoir garantir mon front de tous affronts,
Et le tirer de pair d’avec les autres fronts;
Pour ce noble dessein j'ai cru mettre en pratiqueTout ce que peut trouver l'humaine politique ;
Et, comme si du sort il était arrêté
Que nul homme ici-bas n’en serait exempté,
Après l’expérience et toutes les lumièresQue j’ai pu m’acquérir sur de telles matières,
Après vingt ans et plus de méditationPour me conduire en tout avec précaution,
De tant d'autres maris j’aurais qnitté la trace,
Pour me trouver après dans la même disgrâce !
Ah! bourreau de destin, vous en aurez menti.
De l'objet qu’on poursuit je suis encor ‘nanti;
Si son cœur m’est volé par ce blondin funeste,J’empêchei'ai du moins qu’on s’empare du reste;
Et celte nuit, qu’on prend pour ce galant exploit,
Ne se passera pas si doucement qu’on croit.
Ce m’est quelque plaisir, parmi tant de tristesse ,
Que l’on me donne avis du piège qu'on me dresse,
Et que cet étourdi, qui veut m'être fatal,
Fasse son confident de son propre rival.
SCÈNE VIII.
CHRYSALDE, ARNOLPIIECIIRYSALDE.
Eh bien ! souperons-nous avant la promenade ?
ARNOLPIIE
^on. Je jeûne ce soir
CHRYSALDE.
D'où vient cette boutade ?
ARNOLPIIE.
De grâce, excusez-moi, j’ai quelque autre embarras.
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