Band 
Tome I.
Seite
414
JPEG-Download
 

414

L'IMPROMPTU DE VERSAILLES.

sieur Boursault! Je voudrais bien savoir de quelle façon onpourrait l’ajuster pour le rendre plaisant; et si, quand on lebernerait sur un théâtre, il serait assez heureux pour fairerire le monde. Ce lui serait trop d'honneur qued être jouédevant une auguste assemblée; il ne demanderait pas mieux;et il m’attaque de gaieté de cœur, pour se faire connaître,de quelque façon que ce soit. C’est un homme qui n’a rienà perdre, et les comédiens ne me l'ont déchaîné que pourm’engager à une sotte guerre, et me détourner, par cet arti-fice, des autres ouvrages que j’ai à faire; el cependant vousêtes assez simples pour donner toutes dans ce panneau. Maisenfin, j’en ferai ma déclaration publiquement. Je ne prétendsfaire aucune réponse à toutes leurs critiques et leurs contre-critiques. Qu’ils disent tous les maux du monde de mespièces, j'en suis d’accord. Qu'ils s’en saisissent après nous;qu'ils les retournent comme un habit pour les mettre surleur théâtre, et tâchent à profiter de quelque agrément qu'ony trouve, et d’un peu de bonheur que j’ai; j’y consens, ilsen ont besoin; et je serai bien aise de contribuer à les fairesubsister, pourvu qu’ils se contentent de ce que je puis leuraccorder avec bienséance. La courtoisie doit avoir des bornes;et il y a des choses qui ne font rire ni les spectateurs, ni celuidont on parle. Je leur abandonne de bon cœur mes ouvrages,ma figure, mes gestes, mes paroles, mon ton de voix, et mafaçon de réciter, pour en faire et dire tout ce qu'il leur plaira,s’ils en peuvent tirer quelque avantage. Je ne m'oppose pointà toutes ces choses, et je serai ravi que cela puisse réjouir lemonde; mais en leur abandonnant tout cela, ils me doiventfaire la grâce de me laisser le reste, et de ne point toucherades matières de la nature de celles sur lesquelles on m’a ditqu’ils m’attaquaient dans leurs comédies. C’est de quoi jeprierai civilement cet honnête monsieur qui se mêle d écrirepour eux, et voilà toute la réponse qu’ils auront de moi.

MADEMOISELLE BÉJART.

Mais enfin...

MOLIÈRE.

Mais enfin, vous me feriez devenir fou. Ne parlons pointde cela davantage; nous nous amusons à faire des discours,au lieu de répéter notre comédie. Où en étions-nous ? Je nem’en souviens plus.

MADEMOISELLE I)E BRIE.

Vous en étiez à l’endroit...

MOLIÈRE.

Mon Dieu ! j’entends du bruit ; c’est le roi qui arrive assu-