ACTE III, SCENE II.
4SI
DON JUAN.
Je crois que deux et deux sont quatre, Sganarelle, et quequatre et quatre sont huit.
SGANARELLE.
La belle croyance [ et les beaux articles de foi ] que voilà !votre religion, à ce que je vois, est donc l'arithmétique? 11faut avouer qu’il se met d’étranges folies dans laté’.e des-liommes, et que, pour avoir bien étudié, on est bien moinssage le plus souvent. Pour moi, Monsieur, je n’ai point étu-dié comme vous, Dieu merci, et personne ne saurait se van-ter de m’avoir jamais rien appris; mais avec mon petit sens,mon jietit jugement, je vois les choses mieux que tous les li-vres, et je comprends fort bien que ce monde que nous voyonsn’est pas un champignon qui soit venu tout seul en une nuit.Je voudrais bien vous demander qui a fait ces arbres-là, cesrochers, cette terre, et ce ciel que voilà là-haut ; et si toutcela s’est bâti de lui-même. Vous voilà, vous, par exemple,vousêtes là : est-ce que vous vous êtes fait tout seul, etn’a-t-il i>as fallu que votre père ait engrossé votre mère pour vousfaire ? Pouvez-vous voir toutes les inventions dont la machinede l 'homme est composée, sans admirer de quelle façon celaest agencé l’un dans l’autre?ces nerfs, ces os, ces veines, cesartères, ces... ce poumon, ce cœur, ce foie, et tous ces au-t res ingrédients qui sont là, et qui... Oh! dame, interrompez-moi donc, si vous voulez. Je ne saurais disputer si l’on nem’interrompt. Vous vous taisez exprès, et me laissez parlerpar belle malice.
DON JU VN.
J'attends que ton raisonnement soit fini.
SGANARELLE.
Mon raisonnement est qu’il y a quelque chose d’admirabledans l’homme, quoi que vous puissiez dire, que tous les sa-vants ne sauraient expliquer. Cela n’est-il pas merveilleuxque me voilà ici, et que j’aie quelque chose dans la tête quipense cent choses différentes en un moment, et fait de moncorps fout ce quelle veut ? Je veux frapper des mains, haus-ser le bras, lever les yeux au ciel, baisser la tête, remuerles pieds, aller à droite, à gauche, en avant, en arrière,tourner...
(il se laisse tomber en tournant.)
DON JU AN.
Bon ! voilà ton raisonnement qui a le nez cassé.
SGANARELLE.
Morbleu ! je suis bien sot de m’amuser à raisonner avec