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Tome II.
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LE TARTUFE.

Nos sens facilement peuvent être charmésDes ouvrages parfaits que le ciel a formés.

Ses attraits réfléchis brillent dans vos pareilles;

Mais il étale en vous ses plus rares merveilles :

Il a sur votre face épanché des beautés

Dont les yeux sont surpris, et les cœurs transportés;

Et je n'ai pu vous voir, parfaite créature,

Sans admirer en vous l'auteur de la nature,

Et d'un ardent amour sentir mon cœur atteint.

Au plus beau des portraits où lui-même il s’est peint.D'abord j’appréhendai que cette ardeur secrèteNe fût du noir esprit une surprise adroite;

Et même à fuir vos yeux mon cœur se résolut,

Vous croyant un obstacle à faire mon salut.

Mais enfin je connus, ô beauté tout aimable,

Que cette passion peut n'être point coupable,

Que je puis l'ajuster avecque la pudeur;

Et c’est ce qui m’y fait abandonner mon cœur.

Ce m’est, je le confesse, une audace bien grandeQue d’oser de ce cœur vous adresser l'offrande ;

Mais j'attends en mes vœux tout de votre bonté,

Et rien des vains efforts de mon infirmité.

En vous est mou espoir, mon bien, ma quiétude;

De vous dépend ma peine ou ma béatitude;

Et je vais être enfin , par votre seul arrêt,

Heureux si vous voulez, malheureux s’il vous plaît.

IiLMIIUi.

La déclaration est tout à fait galante ;

Mais elle est, vrai dire, un peu bien surprenante.Vous deviez, ce me semble, armer mieux votre sein,Et raisonner un peu sur un pareil dessein.

Un dévot comme vous, et que partout on nomme...

TARTUFE.

Ah! pour être dévot, je n'en suis pas moins homme;Et, lorsqu'on vient à voir vos célestes appas,

Un cœur se laisse prendre, et ne raisonne pas.

Je sais qu'un tel discours de moi parait étrange ;

Mais, Madame, après tout, je ne suis pas un ange;

Et si vous condamnez l’aveu que je vous fais,

Vous devez vous en prendre à vos charmants attraits.Dès que j’en vis briller la splendeur plus qu’humaineDe mon intérieur vous fûtes souveraine;

Dft vos regards divins l'ineffable douceurForça la résistance où s'obstinait mon cœur;