358 LE BOURGEOIS GENTILHOMME.
que chose dans un petit billet que .je veux laisser tomber àses pieds.
LE MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.
Fort bien !
MONSIEUR JOURDAIN.
Ce sera galant, oui.
LE MAÎTRE DIÎ PHILOSOPHIE.
Sans doute. Sont-ce des vers que vous lui voulez écrire?
MONSIEUR JOURDAIN.
Non, non ; point de vers.
LE MAITRE de philosophie.
Vous ne voulez que de la prose?
MONSIEUR JOURDAIN.
Non, je ne veux ni prose ni vers.
LE MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.
11 faut bien que ce soit l’un ou l'autre.
MONSIEUR JOURDAIN.
Pourquoi ?
LE MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.
Par la raison, Monsieur, qu’il n'y a, pour s’exprimer, quela prose ou les vers.
MONSIEUR JOURDAIN.
Il n’y a que la prose ou les vers?
LE MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.
Non, Monsieur. Tout ce qui n’est point prose est vers, ettout ce qui n’est point vers est prose.
MONSIEUR JOURDAIN.
Et comme l'on parle, qu’est-ce que c’est donc que cela ?
LE MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.
De la prose.
MONSIEUR JOURDAIN.
Quoi! quand je dis : Nicole, apporlcz-moi mes pantoufles,et me donnez mon bonnet de nuit, c’est de la prose?
LE MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.
Oui, Monsieur.
MONSIEUR JOURDAIN.
Par ma foi, il y a plus de quarante ans que je dis de laprose, sans que j'en susse rien : et je vous suis le plus obligédu monde de m’avoir appris cela. Je voudrais donc lui mettredans un billet : Belle marquise, vos beaux yeux me font ■mourir d'amour; mais je voudrais que cela fût mis d’unemanière galante, que cela fût tourné gentiment.
LE MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.
Mettre que les feux de ses yeux réduisent votre cœur en