432
LES FOURBERIES DE SCA PIN.
SCAPIN.
A vous dire la vérité, il y a peu de choses qui nie soientimpossibles, quand je m’en veux mêler. J'ai sans doute reçudu ciel un génie assez beau pour toutes les fabriques de cesgentillesses d’esprit, de ces galanteries ingénieuses, à qui levulgaire ignorant donne le nom de fourberies ; et je puisdire,sans vanité, qu’on n’a guère vu d'homme qui fût plus habileouvrier de ressorts et d'intrigues, qui ait acquis plus de gloireque moi dans ce noble métier. Mais, ma foi, le mérite esttrop maltraité aujourd'hui; et j’ai renoncé à toutes chosesdepuis certain chagrin d’une affaire qui m'arriva.
OCTAVE.
Comment! quelle affaire, Scapin?
sevra.
Une aventure où je me brouillai avec la justice.
OCTAVE.'
La justice?
SCAPIN.
Oui. Nous eûmes un petit démêlé ensemble.
SILVESTRE.
Toi et la justice?
SCAPIN.
Oui. Elle en usa fort mal avec moi ; et je me dépitai letelle sorte contre l'ingratitude du siècle, que je résolus de neplus rien faire, liasle! Ne laissez pas de me conter votreaventure.
OCTAVE.
Tu sais, Scapin , qu'il y a deux mois que le seigneur dé-roule et mon père s’embarquèrent ensemble pour un voyagequi regarde certain commerce où leurs intérêts sont mêlés.
SCAPIN.
Je sais cela.
OCTAVE.
Et que Léandre et moi nous fûmes laissés par nos p'ercs,moi sous la conduite de Silvestre, cl Léandre sous la direc-tion.
SCAPIN.
Oui. Je me suis fort bien acquitté de ma charge.
OCTAVE.
Quelque temps après, Léandre fit rencontre d’une jeuneÉgyptienne dont ll devint amoureux. ■»
SCAPIN.
Je sais cela encore.
OCTAVE.
Comme nous sommes grands amis, il me fil aussitôt confi-