ACTE I, SCÈNE VI.
441
SCAPIN.
J'ai bien ouï parier de quelque petite chose.
ARGANTE.
Comment! quelque petite chose! Une action de celle na-ture !
SCAP1N.
Vous avez quelque raison.
ARGANTE.
Une hardiesse pareille à celle-là !
SCAP1N.
Cela est vrai.
ARGANTE.
Un fils q u i se marie sans le consentement de son père!
SCAPIN.
Oui, il y a quelque chose à dire à cela. Mais je serais d’avisfiue vous ne fissiez point de bruit.
ARGANTE.
Je ne suis pas de cet avis, moi; et je veux faire du bruittout mon soûl. Quoi! tu ne trouves pas que j’aie tous lessujets du monde d’élrc en colère ?
SCAPIN.
Si fait. J’y ai d’abord été, moi, lorsque j’ai su la chose-,®t je me suis intéressé pour vous, jusqu’à quereller votre fils.Oemandcz-lui un peu quelles belles réprimandes je lui aifaites, et comme je l’ai chapitré sur le peu de respect qu’ilgardait à un père dont il devait baiser les pas. On ne peutP as lui mieux parler, quand ce serait vous-mème. Maisfiuoi! je me suis rendu à la raison, cl j'ai considéré que,•tans le fond, il n’a pas tant de tort qu’on pourrait croire.
ARGANTE.
Que me viens-tu conter? Il n’a pas tant de tort de s’allerMarier de but en blanc avec une inconnue?
SCAPIN.
Que voulez-vous? Il y a été poussé par sa destinée.
ARGANTE.
Ah! ah! Voici une raison la plus belle du monde. On n'aplus qu’à commettre tous les crimes imaginables, tromper,v °ier, assassiner, et dire, pour excuse, qu’on y a été pousséPar sa destinée.
SCAPIN.
Mon Dieu! vous prenez mes paroles trop en philosophe.Je veux dire qu’il s’est trouvé fatalement engagé dans celleaffaire.
25 .