560
LES FEMMES SAVANTES.
Quoi mal vous ai-je fait? et quelle est inou offense,
Pour armer contre moi toute votre éloquence,
Pour vouloir me détruire, et prendre tant de soinDe me rendre odieux aux gens dont j'ai besoin?
Parle/., dites, d'où vient ce courroux effroyable?
Je veux bien que Madame en soit juge équitable.
AMANDE.
Si j'avais le courroux dont on veut m’accuser,
Je trouverais assez de quoi l'autoriser.
Vous en seriez trop digne ; et les premières flammesS'établissent des droits si sacrés sur les âmes,
Qu'il faut perdre fortune, cl renoncer au jour,
Plutôt que de brûler des feux d'un autre amour.
Au changement des vieux nulle horreur ne s’égale;
El tout cœur infidèle est un monstre en morale.
cutandriî.
Appelez-vous, Madame, une infidélitéCe que m'a de votre âme ordonné la fierté?
Je ne fais qu'obéir aux lois qu'elle m’impose;
El, si je vous offense, elle seule en est cause.
Vos charmes ont d'abord possédé tout mon cœur;
Il a brûlé deux ans d'une constante ardeur ;
11 n'est soins empressés, devoirs, respects, services,
Dont il ne vous ait fait d'amoureux sacrifices.
Tous mes feux, tous mes soins ne peuvent rien sur vousJe vous trouve contraire A mes vœux les plus doux :
Ce que vous refusez, je l'offre au choix d'une autre.
Voyez. Est-ce, Madame, ou ma faille, ou la vôtre?
Mou cœur court-il au change, ou si vous l'y poussez ?Est-ce moi qui vous quitte, ou vous qui me chassez?
AMANDE.
Appelez-vous, Monsieur, être à vos vœux contraire,
Que de leur arracher ce qu'ils ont de vulgaire,
Et vouloir les réduire à cette puretéOù du parfait amour consiste la beauté?
Vous ne sauriez pour moi tenir votre penséeDu commerce des sens nette et débarrassée ;
Et vous ne goûtez point, dans ses plus doux appas,
Cette union des cœurs, où les corps n'entrent pas.
Vous ne pouvez aimer que d'une amour grossière,
Qu'avec tout l'attirail des nœuds de la matière;
El, pour nourrir les feux que chez vous on produit,
•1 faut un mariage, et tout ce qui s’ensuit.
Ah! quel étrange amour! cl que les belles âmes