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ACTE II, SCÈNE VII.
ANGÉLIQUE.
De grâce, ne précipitez pas les choses. Donnez-nous aumoins le temps de nous connaître, ePde voir naître en nous,l'un pour l'autre, celte inclination si nécessaire à composerune union parfaite.
THOMAS niAFOIRUS.
Quant à moi, Mademoiselle, elle est déjà toute née en moi ;et je n’ai pas besoin d’attendre davantage.
ANGÉLIQUE.
Si vous êtes si prompt, Monsieur, il n'en est pas de même'le moi ; et je vous avoue que votre mérite n’a pas encoreassez fait d’impression dans mon âme.
ARGAN.
Oh! bien, bien; cela aura tout le loisir de se faire quandvous serez mariés ensemble.
ANGÉLIQUE.
Hé! mon père, donnez-moi du temps, je vous prie. Le ma-riage est une chaîne où l’on ne doit jamais soumettre uncoeur par force ; et si Monsieur est honnête homme, il ne doitpoint vouloir accepter une personne qui serait à lui par con-trainte.
THOMAS niAFOIRUS.
Nego consequentiam, Mademoiselle; et je puis être hon-nête homme, et vouloir bien vous accepter des mains demonsieur votre père.
ANGÉLIQUE.
C’est un méchant moyen de se faire aimer de quelqu'un,due de lui faire violence.
THOMAS niAFOIRUS.
Nous lisons des anciens, Mademoiselle, que leur coutumeétait d’enlever par force, de la maison des pères, les fillesqu’on menait marier, afin qu’il ne semblât pas que ce fût deleur consentement qu’elles convolaient dans les bras d'unhomme.
ANGÉLIQUE.
Les anciens, Monsieur, sont les anciens; et nous sommesles gens de maintenant. Les grimaces ne sont plus néces-saires dans notre siècle ; et, quand un mariage nous plaît,flous savons fort bien y aller, sans qu'on nous y traîne. Don-nez-vous patience ; si vous m'aimez, Monsieur, vous devezvouloir tout ce que je veux.
THOMAS niAFOIRUS.
Oui, Mademoiselle, jusqu'aux intérêts de mon amour ex-clusivement.