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SUPPLÉMENT A LA VIE DE P. COÎlNElLLË.
M. Corneille, cinq ou six ans avant sa mort,disait qu’il avait pris congé du théâtre, et que sapoésie s’en était allée avec ses dents. (Chevreau.)
l’on ne voit pas cela dans Corneille : le Romain yparle comme un Romain, le Grec comme un Grec,l’Indien comme un Indien, et l’Espagnol commeun Espagnol. (Ségrais.)
M. Corneille, encore fort jeune, se présenta unjour plus triste et plus rêveur qu’à l’ordinairedevant le cardinal de Richelieu, qui lui demandas’il travaillait. Il répondit qu’il était bien éloignéde la tranquillité nécessaire pour la composition,et qu’il avait la tète renversée par l’amour. Il enfallut venir à un plus grand éclaircissement; etil dit au cardinal qu’il aimait passionnément unefille 1 du lieutenant général des Andelys, en Nor-mandie, et qu’il ne pouvait l’obtenir de son père(M. de Lampérière). Le cardinal voulut que cepère si difficile vînt lui parler à Paris. U y arrivatout tremblant d'un ordre si imprévu, et s’enretourna bien content d’en être quitte pour avoirdonné sa fille à un homme qui avait tant de crédit.(Eontenelle, Additions à la Vie de son oncle.)
Les deux Corneille ont épousé les deux demoi-selles de Lampérière. Il y avait entre les frères lemême intervalle d’âge qu’entre les sœurs; ils onteu un même nombre d’enfants ; ce n’était qu’unemême maison, qu’un même domestique ; ils ontparcouru la même carrière. Enfin, après plus devingt-cinq ansde mariage, les deux frères n’avaientpas encore songé à faire le partage des biens deleurs femmes, situés en Normandie; il ne fut faitqu’à la mort de Pierre. (De Boze.)
La distance qui était entre l’esprit des deux Cor-neille n’en mit aucune dans leur cœur. Ils étaientextrêmement unis, et logeaient ensemble. Thomasavait le travail infiniment plus facile que Pierre ;et quand celui-ci cherchait une rime, il levait unetrappe et la demandait à son frère, qui la lui don-nait aussitôt. (Voisenon.)
1. Marie de Lampérière.
On a accusé Corneille d’être un homme intéresséet moins avide de gloire que de gain : Corneille,qu’on sait avoir porté l’indifférence pour l’argentjusqu’à une insensibilité blâmable; qui n’a jamaistiré de ses pièces que ce que les Comédiens luidonnaient, sans compter avec eux ; qui fut un ansans remercier Colbert du rétablissement de sapension; qui, après avoir vécu sans faire aucunedépense, est mort sans biens; Corneille enfin quia eu le cœur aussi grand que l’esprit, les senti-ments aussi nobles que les idées !
Peu de jours avant sa mort l’argent manquait àcet illustre malade, fort éloigné de thésauriser ; etle roi ayant appris du père de La Chaise la situa-tion critique du grand Corneille, lui envoya deuxcents louis. (Le père Tournemine.)
A la fin de cette même année * Corneille mou-rut; et mon père, qui le lendemain de cette mortentrait dans les fonctions de directeur, prétendaitque c’était à lui à faire faire, pour l’académicienqui venait de mourir, un service suivant la cou-tume. Mais Corneille était mort pendant la nuit;et l’académicien qui était encore directeur la veilleprétendait que, comme il n’était sorti de place quele lendemain matin, il était encore dans ses fonc-tions au moment de la mort de Corneille, et quepar conséquent c’était à lui à faire le service. Cettedispute n’avait pour motif qu’une généreuse ému-lation : tous deux voulaient avoir l’honneur derendre les devoirs funèbres à un mort si illustre.Cette contestation, glorieuse pour les deux parties,fut décidée par l’Académie en faveur de l’anciendirecteur; ce qui donna lieu à ce mot fameux queBenserade dit à mon père : « Nul autre que vous« ne pouvait prétendre à enterrer Corneille; cepen r« dant vous n’avez pu y parvenir. » (L. Racine. )
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F,N LE LA VIE T>E l>. CORNEILLE.