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Oeuvres de P. et TH. Corneille / précédées de la vie de P. Corneille par Fontenelle et des discours sur la poésie dramatique
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DISCOURS

SUR LE POEME DRAMATIQUE.

PREMIER DISCOURS.

SUR LUTILITÉ ET SUR LES PARTIES

DU

POEME DRAMATIQUE.

Bien que, selon Aristote, le seul but de la poésiedramatique soit de plaire aux spectateurs, et quela plupart de ces poèmes leur aient plu, je veuxbien avouer toutefois que beaucoup dentre euxnont pas atteint le but de lart. « Il ne faut pas« prétendre,. dit ce philosophe, que ce genre de« poésie nous donne toute sorte de plaisir, mais« seulement celui qui lui est propre; » et, pourtrouver ce plaisir qui lui est propre, et le donneraux spectateurs, il faut suivre les préceptes de lart,et leur plaire selon ses règles. Il est constant quily a des préceptes, puisquil y a un art ; mais ilnest pas constant quels ils sont. On convient dunom sans convenir de la chose, et on saccorde surles paroles pour contester sur leur signification.Il faut observer lunité daction, de lieu et de jour,personne nen doute'; mais ce nest pas une petitedifficulté de savoir ce que cest que cette unitédaction, et jusques peut sétendre cette unitéde jour et de lieu. Il faut que le poète traite sonsujet selon le vraisemblable et le nécessaire; Aris-tote ledit, et tous ses interprètes répètent les mêmesmots, qui leur semblent si clairs et si intelligibles,quaucun deux na daigné nous dire, non plus quelui, ce que cest que ce vraisemblable et ce néces-saire. Beaucoup même ont si peu considéré ce der-nier, qui accompagne toujours lautre chez ce phi-losophe, hormis une seule fois, il parle de lacomédie, quon en est venu jusquà établir unemaxime très-fausse, qu'il faut que le sujet d'une

U On en doutait tellement (lu temps de Corneille, que niles Espagnols ni les Anglais ne connurent celle réglé. I.esMaliens seuls l'observèrent. I.a Sophonishe de Mairel lui lapremière pièce en France oit ces trois unités parurent. (V.)

tragédie soit vraisemblable' ; appliquant ainsi auxconditions du sujet la moitié de ce quil a dit dela manière de le traiter. Ce nest pas quon nepuisse faire une tragédie dun sujet purement vrai-semblable ; il en donne pour exemple la Fleur d'A-gathon, les noms et les choses étaient de pureinvention, aussi bien quert la comédie : mais lesgrands sujets qui remuent fortement les passionset en opposent limpétuosité aux lois du devoir ouaux tendresses du sang, doivent toujours aller audelà du vraisemblable, et ne trouveraient aucunecroyance parmi les auditeurs s'ils nétaient soute-nus, ou par lautorité de lhistoire qui persuadeavec empire, ou par la préoccupation de lopinioncommune, qui nous donne ces mêmes auditeursdéjà tout persuadés. Il nest pas vraisemblable queMédée tue ses enfants®, que Clytemnestre assas-sine son mari, quOreste poignarde sa mère; maislhistoire le dit, et la représentation de ces grandscrimes ne trouve point dincrédules. Il nest ni vraini vraisemblable quAndromède, exposée à unmonstre marin, ait été garantie de ce péril par uncavalier volant qui avait des ailes aux pieds ; maiscest une fiction que lantiquité a reçue, et, commeelle la transmise jusquà nous, personnelle senoffense quand on la voit sur la théâtre. U ne seraitpas permis toutefois dinventer sur ces exemples.Ce que la vérité ou lopinion fait accepter seraitrejeté, sil navait point dautre fondement quuneressemblance à cette vérité ou à cette opinion. Cestpourquoi notre docteur dit que les sujets viennent

1. Celle maxime, au contraire, est Irès-vraie, en quelquesens quon lentende. Boileau dit, avec raison, dans son Adpoélhpie :

Jamais au spectateur noffrez rien dincroyable;

Le vrai peut quelquefois nelre pas vraisemblable.

Une merveille absurde est popr moi sans appas :

Lesprit nest point ému de ce quil ne croit pas. (V.)

2. Cola nest pas commun ; mais cela nest pas sans vrai"soinblauce dans l'excès dune fureur dont on nest pas l 0maître. Ces crimes révoltent la nature, et cependant ils son 1dans la nature ; cest ce qui les rend si convenables à la tr a 'gédie, qui ne veut que du vrai, mais un vrai rare et terrible*(V.)