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Oeuvres de P. et TH. Corneille / précédées de la vie de P. Corneille par Fontenelle et des discours sur la poésie dramatique
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DISCOURS SUR LE POEME DRAMATIQUE.

« et cest ainsi qulLomère a fait Achille bon ». Cedernier mot esta remarquer, pour faire voirquIIo-mère a donné aux emportements de la colère dA-chille cette bonté nécessaire aux mœurs, que jefais consister en cette élévation de leur caractère,et dont Robertel parle ainsi : Unumquodque gs-nusper se supremos quosdam habet decoris gra-dus, et absolutissimam recipit formant, nontamen dégénérons à sud naturâ et effigie pris-tina.

Ce texte dAristote, que je viens de citer, peutfaire de la peine, en ce quil porte « que les mœurs« des hommes colères ou fainéants doivent être« peintes dans un tel degré dexcellence, qu'il sy« rencontre un haut exemplaire déquité ou de« dureté. » Il y a du rapport de la dureté à la co-lère; et cest ce qu'attribue Horace à celle dA-chille en ce vers :

. iracunduSy inexorabUis, acer.

Mais il ny en a point de léquité à la fainéantise,et je ne puis voir quelle part elle peut avoir en soncaractère. Cest ce qui me fait douter si le motgrec paôùaoj; a été rendu dans le sens dAristoteparles interprètes latins que jai suivis. Placiusletourne desides; Yictorius, inertes; Heinsius, se-gnes; et le mot de fainéants, dont je me suisservi pour le mettre en notre langue, répond assezà ces trois versions ; mais Castelvetro le rend en lasienne par celui de mansueti, débonnaires, oupleins de mansuétude ; et non-seulement ce mota une opposition plus juste à celui de colère, maisaussi il saccorderait mieux avec cette habitudequAristote appelle dont il nous demande

un bel exemplaire. Ces trois interprètes traduisentce mot grec par celui (l'équité ou de probité , quirépondrait mieux aux mansueti de litalien quàleurs segnes, desides, inertes, pourvu quon nen-tendît par quune bonté naturelle, qui ne sefâche que malaisément : mais jaimerais mieuxencore celui de piacevotezza, dont lautre se sertpour lexprimer en sa langue; et je crois que, pourlui laisser s; force en la nôtre,on le pourrait tourneren celui de condescendance, ou facilité équitabled'approuver, excuser, et supporter tout ce quiarrive. Ce nest pas que je me veuille faire jugeentre de si grands hommes, mais je ne puis dissi-muler que la version italienne de ce passage mesemble avoir quelque chose de plus juste que cestrois latines. Dans cette diversité dinterprétationschacun est en liberté de choisir, puisque même ona droitde les rejeter toutes, quand il seu présenteune nouvelle qui plaît davantage , et que les opi-nions des plus savants ne sont pas des lois pournous.

11 me vient encore une autre conjecture, tou-chant ce quentend Aristote par cette bonté demœurs quil leur impose pour première condition.Cest quelles doivent être vertueuses, tant quil

se peut, en sorte que nous nexposions point devicieux ou de criminels sur le théâtre, si le sujetque nous traitons neu a besoin. Il donne lieu lui-même à cette pensée, lorsque, voulant marquer unexemple dune faute contre cette règle, il se sertde celui de Ménélas dans l'Oreste dEuripide,dont le défaut ne consiste pas en ce quil est in-juste, mais en ce quil lest sans nécessité.

Je trouve dans Castelvetro une troisième expli-cation (lui pourrait ne déplaire pas, qui est quecette bonté de mœurs ne regarde que le premierpersonnage, qui doit toujours se faire aimer, etpar conséquent être vertueux, et non pas ceux quile persécutent, ou le font périr; mais comme cestrestreindre à un seul ce quAristote dit en général,jaimerais mieux marrêter, pour lintelligence decette première condition, à cette élévation ou per-fection de caractère dont jai parlé, qui peut con-venir à tous ceux qui paraissent sur la scène ; etje ne pourrais suivre cette dernière interprétationsans condamner le Menteur, dont lhabitude estvicieuse, bien quil tienne le premier rang dans Ucomédie qui porte ce titre.

En second lieu, les mœurs doivent être conve-nables. Cette condition est plus aisée à entendraque la première. Le poète doit considérer lâge, Udignité, la naissance, lemploi, et le pays de ceo*quil introduit : il faut quil sache ce quon doit 3sa patrie, à ses parents , à ses amis, à son roi!quel est loflice dun magistrat ou dun généraldarmée, afin qu'il puisse y conformer ceux qtiveut faire aimer aux spectateurs, et en éloignéceux quil leur veut faire haïr; car cest u»*maxime infaillible que, pour bien réussir, il fat 1 *intéresser l'auditoire pour les premiers acteurs, Jest bon de remarquer encore que ce qtiHorace d*des mœurs de charpie âge nest pas une règle dot'*on ne se puisse dispenser sans scrupule. Il fait I ejeunes gens prodigues et les vieillards avares : 1*contraire arrive tous les jours sans merveillemais il ne faut pas que lun agisse à la manié 1 *de lautre, bien quil ait quelquefois des habitué**'et des passions qui conviendraient mieux à laut 1 *Cest le propre dun jeune homme dêtre amoureux,*non pas dun vieillard ; cela nempêche pas qu "*jvieillard ne le devienne : les exemples en so 3assez souvent devant nos yeux ; mais il passer 3 'pour fou, sil voulait faire lamour en jeune honu»*et s'il prétendait se faire aimer par les bonneslités de sa personne. Il peut espérer qu'on léeodtera, mais cette espérance doit être fondée sur s 3 *bien, ou sur sa qualité, et non pas sur sesrites; et ses prétentions ne peuvent être rais 0 * 1nables , sil ne croit avoir affaire à une âme a? 3intéressée pour déférer tout à léclat des ricbess** 1

ou à lambition du rang.

La qualité de semblables , quAristote déniaiaux mœurs, regarde particulièrement les perso»"*'que lhistoire ou la fable nous fait connaître.