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Oeuvres de P. et TH. Corneille / précédées de la vie de P. Corneille par Fontenelle et des discours sur la poésie dramatique
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POLYEUCTE, ACTE 1, SCÈNE 1.

Mais vous ne savez pas ce que c’est qu’une femme ;' °us ignorez quels droits elle a sur toute l'aineQuand, après un long temps qu’elle a su nous oliar-

[mer,

'- es flambeaux de l’hymen viennent de s’allumer.Pauline, sans raison dans la douleur plongée,Craint et croit déjà voir ma mort qu’elle a songée;Clle oppose ses pleurs au dessein que je fais,tâche à m’empécher de sortir du palais.

■le

Elle

uieprise sa crainte, et je cède à ses larmes ;

Et

IV

me fait pitié sans me donner d’alarmes ;

b

"ion cœur, attendri sans être intimidé,

°se déplaire aux yeux dont il est possédé.

11 occasion, Néarque, est-elle si pressanteQo’ilfailleêtre insensible aux soupirs d’une amante?

ar un peu de remise épargnons son ennui,

^°ur faire en plein repos ce qu’il trouble aujourd’hui.

NÉARQUE.

Ayez-vous cependant une pleine assuranceav °ir assez de vie ou de persévérance?

AEieu,qui tient votre Ame et vos jours dans sa main,r °niet-il à vos vœux de le pouvoir demain?

^ e st toujours tout juste et tout bon ; mais sa grâcee descend pas toujours avec même efficace;

’ Près certains moments que perdentnos longueurs,y e quitte ces traits qui pénètrent les cœurs;j' e Outre s’endurcit, la repousse, l’égare :jJ e h| 'as qui la versait en devient plus avare,

A cette sainte ardeur qui doit porter au bien

'Poinbe

Celle

Lanci

plus rarement, ou n’opère plus rien.

qui vous pressait de courir au baptême,

j, [| guissante déjà, cesse d’être la même,g' P°ur quelques soupirs qu’on vous a fait ouïr,a imne se dissipe, et va s’évanouir.

Y POLYEUCTE.

a 0s nie connaissez mal : la même ardeur me brille,ç> e e désir s’accroît quand l’effet se recule.

Me t P ! eUrS ’ que je regarde avec un œil d’époux,

Y . ais sent dans le cœur aussi chrétien que vous;

es

J e lai

q^! s Pour en recevoir le sacré caractèrelY 1 ' ave nos forfaits dans une eau salutaire,

Purgeant notre âme et dessillant nos yeux,

rend le premier droit que nous avions aux

-ie n • [<:ieux ’

Con ^ Ue ' e l )r cfcre aux grandeurs d’un empire,■Te n ' 6 * e Mon suprême est le seul où j’aspire,

Bi

'0U V

Cr ois,

pour satisfaire un juste et saint amour,

' 0lr Uu peu remettre, et différer d’un jour

Ai nsi , NÉARQUE.

u genre humain l’ennemi vous abuse :

Ce

qu’il :

'hdoux" 1116 P eut ( * e force, il l’entreprend de ruse.O u . ln q d es bons desseins qu’il tâche d’ébranler,JP°bst ne ' es P eut rompre, il pousse à reculer;Aujo u a ?, e SUr ‘d’shacle il va troubler le vôtre,Etp e r *'ui par des pleurs, chaque jour par quelque

s °uge rempli de noir

res visions

[autre ;

N’est que le coup d’essai de ses illusions :

Il met tout en usage, et prière, et menace;

Il attaque toujours, et jamais ne se lasse;

Il croit pouvoir enfin ce qu’encore il n’a pu,

Et que ce qu’on diffère est à demi rompu, [line.

Rompez ses premiers coups; laissez pleurer Pau-Dieu ne veut point d’un cœur où le monde domine,Qui regarde eu arrière, et, douteux en son choix,Lorsque sa voix l’appelle, écoute une autre voix.

POLYEUCTE.

Pour se donner à lui faut-il n’aimer personne?

NÉARQUE.

Nous pouvons tout aimer, il le souffre, il l'ordonne ;Niais, à vous dire tout, ce Seigneur des seigneursVeut le premier amour et les premiers honneurs.Comme rien n’est égal à sa grandeur suprême,

Il faut ne rien aimer qu’après lui, qu’en lui-même,Négliger, pourlui plaire, et femme, et biens, et rang,Exposer pour sa gloire et verser tout son sang.Mais que vous êtes loin de cette ardeur parfaiteQui vous est nécessaire, et que je vous souhaite!Je ne puis vous parler que les larmes aux yeux.Polyeucte, aujourd’hui qu’on nous haiten tous lieux,Qu’on croit servir l’état quand on nous persécute.Qu’aux plus âpres tourments un chrétien est en

[butte,

Comment en pourriez-vous surmonter les douleurs,Si vous ne pouvez pas résister à des pleurs?

POLYEUCTE.

Vous ne m’étonnez point; la pitié qui me blesseSied bien aux plus grands cœurs,etn’apoiutdefai-

[blesse.

Sur mes pareils, Néarque, un bel œil est bien fort :Tel craint de le fâcher qui ne craint pas la mort ;Et s’il faut affronter les plus cruels supplices,

Y trouver des appas, en faire mes délices,

Votre Dieu, que je n’ose encor nommer le mien,M’en donnera la force en me faisant chrétien.

NÉARQUE.

Hâtez-vous donc de l’être.

POLYEUCTE.

Oui, j’y cours, cher Néarque,Je brille d’en porter la glorieuse marque.

Mais Pauline s’afflige, et ne peut consentir,

Tant ce songe la trouble, à me laisser sortir.

NÉARQUE.

Votre retour pour elle en aura plus de charmes;

Dansune heure au plus tard vous essuîrez ses larmes;

Et l’heur de vous revoir lui semblera plus doux,Plus elle aura pleuré pour un si cher époux.Allons, on nous attend.

polyeucte.

Apaisez donc sa crainte,

Et calmez la douleur dont sop âme est atteinte.Elle revient,