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LE MENTEUR, ACTE III, SCÈNE III.
Que, prenant ces beautés pour Lucrèce et Clarice,Il rend à votre amour un très-mauvais service.
Il les voit donc aller jusques au bord de l’eau,Descendre de carrosse, entrer dans un bateau;
Il voit porter des plats, entend quelque musique,A ce que l’on m’a dit, assez mélancolique.
Mais cessez d’en avoir l’esprit inquiété,
Car enfin le carrosse avait été prêté :
L'avis se trouve faux ; et ces deux autres bellesAvaient en plein repos passé la nuit chez elles.
ALCIPPE.
Quel malheur est le mien ! Ainsi donc sans sujetJ’ai fait ce grand vacarme à ce charmant objet !
PHILISTE.
Je ferai votre paix. Mais sachez autre chose :Celui qui de ce trouble est la seconde cause,Dorante, qui tantôt nous eu a tant contéDe son festin superbe et sur l’heure apprêté,
Lui qui, depuis un mois nous cachant sa venue,La nuit, incognito, visite une inconnue,
Il vint hier de Poitiers, et, sans faire aucun bruit,Chez lui paisiblement a dormi toute nuit.ALCIPPE.
Quoi! sa collation...?
PHILISTE.
N’est rien qu’un pur mensonge;Ou bien, s’il l’a donnée, il l’a donnée en songe.
AI.C1 PPE.
Dorante, en ce combat si peu prémédité,
M’a fait voir trop de cœur pour tant de lâcheté.
La valeur n’apprend point la fourbe en son école;Tout homme de courage est homme de parole ;
A des vices si bas il ne peut consentir,
Et fuit plus que la mort la honte de mentir.
Cela n’est point.
PHILISTE.
Dorante, à ce que je présume,Est vaillant par nature, et menteur par coutume.Ayez sur ce sujet moins d’incrédulité,
Et vous-même admirez notre simplicité.
A nous laisser duper nous sommes bien novices :Une collation servie à six services,
Quatre concerts entiers, tant de plats, tant de feux,Tout cela cependant prêt en une heure ou deux,Comme si l’appareil d’une telle cuisineFut descendu du ciel dedans quelque machine.Quiconque le peut croire ainsi que vous et moi,S’il a manqué de sens, n’a pas manqué de foi.Pour moi, je voyais bien que tout ce badinageRépondait assez mal aux remarques du page;Mais vous?
ALCIPPE.
La jalousie aveugle un cœur atteint,Et, sans examiner, croit tout ce qu’elle craint.Mais laissons là Dorante avecque son audace ;Allons trouver Clarice et lui demander grâce :
Elle pouvait tantôt m’entendre sans rougir.
PHILISTE.
Attendez à demain, et me laissez agir ;
•Te veux par ce récit vous préparer la voie,Dissiper sa colère et lui rendre sa joie.
Ne vous exposez point, pour gagner un moment»Aux premières chaleurs de son ressentiment.
ALCIPPE.
Si du jour qui s’enfuit la lumière est fidèle,
Je pense l’entrevoir avec son Isabelle.
Je suivrai tes conseils, et fuirai son courrouxJusqu’à ce qu’elle ait ri de m’avoir vu jaloux.
SCENIC III.
CLARICE, ISABELLE.
CLA1UCE.
Isabelle, il est temps, allons trouver Lucrèce-ISU1ELLE.
Il n’est pas encor tard, et rien ne vous en press® -Vous avez un pouvoir bien grand sur son espriGA peine ai-je parlé quelle a sur l’heure écrit.
CLAIUCE.
Clarice à la servir ne serait pas moins prompte-Niais dis, par sa fenêtre as-tu bien vu Géronte?Et sais-tu que ce (ils qu’il m’avait tant vantéEst ce même inconnu qui m’en a tant conté?
ISABELLE.
A Lucrèce avec moi je l’ai fait reconnaître;
Et sitôt que Géronte a voulu disparaître,
Le voyant resté seul avec un vieux valet,
Sabine à nos yeux même a rendu le billet.
Vous parlerez à lui.
CLAIUCE.
Qu’il est fourbe, Isabelle -
ISABELLE.
Eh bien! cette pratique est-elle si nouvelle?
Dorante est-il le seul qui, de jeune écolier,
Pour être mieux reçu s’érige en cavalier?
Que j’en sais comme lui qui parlent d’Alleniag 1 ’Et si l’on veut les croire, ont vu chaque campa" 116 ’Sur chaque occasion tranchent des entendus,Content quelque défaite, et des chevaux perdu:”Qui, dans une gazette apprenant ce langage»S’ils sortent de Paris, ne vont qu’à leur villageEt se donnent ici pour témoins approuvés ^ \
De tous ces grands combats qu’ils ont lus ou re'
Il aura cru sans doute (ou je suis fort trompée)Que les filles de cœur aiment les gens d’épeeîEt vous prenant pour telle, il a jugé soudain ^Qu’une plume au chapeau vous plaît mieux q u a .^
Ainsi donc, pour vous plaire, il a voulu P ara * t ^tNon pas pour ce qu’il est, mais pour ce ( I u ‘|À tI .e,