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Oeuvres de P. et TH. Corneille / précédées de la vie de P. Corneille par Fontenelle et des discours sur la poésie dramatique
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Que vivre sans vous voir est un sort, rigoureux !C’est ou ne vivre point, ou vivre malheureux;C’est une longue mort; et pour moi, je confesseQue pour vivre il faut être esclave de Lucrèce.

CLARICE, à Lucrèce.

Chère amie, il en conte à chacune à son tour.

LUCRÈCE, à Clarice.

Il aime à promener sa fourbe et son amour.

DORANTE.

A vos commandements j’apporte donc ma vie ;Trop heureux si pour vous elle m’était ravie !Disposez-en, madame, et me dites en quoiVous avez résolu de vous servir de moi.

CLARICE.

Je vous voulais tantôt proposer quelque chose;Mais il n’est plus besoin que je vous la propose,Car elle est impossible.

DORANTE.

Impossible? ah! pour vousJe pourrai tout, madame, en tous lieux, contre tous.

CLARICE.

Jusqu’à vous marier, quand je sais que vous l’êtes?

DORANTE.

Moi, marié! ce sont pièces qu’on vous a faites;Quiconque vous l’a dit s’est voulu divertir.

CLARICE, à Lucrèce.

Est-il un plus grand fourbe ?

LUCRÈCE, àClaricc.

Il ne sait que mentir.

DORANTE.

Je ne le fus jamais; et si, par cette voie,

On pense...

CLARICE.

Et vous pensez encor que je vous croie ?

DORANTE.

Que le foudre à vos yeux m’écrase si je mens !

CLARICE.

Un menteur est toujours prodigue de serments.

DORANTE.

Non, si vous avez eu pour moi quelque penséeQui sur ce faux rapport puisse être balancée,Cessez d’être en balance, et de vous délierDe ce qu’il m’est aisé de vous justifier.

CLARICE , A Lucrèce*

On dirait qu’il dit vrai, tant son effronterieAvec, naïveté pousse une menterie.

DORANTE.

Pour vous ôter de doute, agréez que demainEn qualité d’époux je vous donne la main.

CLARICE.

lié! vous la donneriez en un jour à deux mille.dorante.

Certes, vous m’allez mettre en crédit par la ville,Mais en crédit si grand, que j’en crains les jaloux.

CLARICE.

C’est tout ce que mérite un homme tel que vous,

Un homme qui se dit un grand foudre de guerre»Et n’en a vu qu’à coups d’écritoire ou de verre;Qui vint hier de Poitiers, et conte, à son retour,Que depuis une année il fait ici sa cour;

Qui donne toute nuit festin, musique et danse»bien qu'il l’ait dans son lit passée en tout sile |,ce ’Qui se dit marié, puis soudain s’en dédit.

Sa méthode est jolie à se mettre en crédit!Vous-même, apprenez-moi comme il faut qu’on eCLITON , à Dorante. [nom« lie '

Si vous vous en tirez, je vous tiens habile boinn ie '

DORANTE, à Cliton.

Ne t’épouvante point, tout vient en sa saison-

(à Claricc.)

De ces inventions chacune a sa raison;

Sur toutes quelque jour je vous rendrai content ’Mais à présent je passe à la plus importante :

J'ai donc feint cet hymen (pourquoi désavouéCe qui vous forcera vous-même à me louer?)!

Je l’ai feint, et ma feinte à vos mépris m’exp 0 ^'Mais si de ces détours vous seule étiez la cause-

CLARICE.

Moi ?

DORANTE

Vous. Écoutez-inoi. Ne pouvant consent 11 ’''

CLITON, à Dorante-

De grâce, dites-moi si vous allez mentir.

DORANTE, bas, 4 Cliton.

Ah ! je t’arracherai cette langue importune.

(à Clarice.)

Donc comme à Vous servir j’attache ma fortunéL’amour que j’ai pour vous ne pouvant cotise 11Qu’un père à d’autres lois voulut m'assujettit-•'CLARICE, bas, à Lucrèce-

Il fait pièce nouvelle, écoutons.

DORANTE.

Cette adresse

A conservé mon âme à la belle Lucrèce;

Et par ce mariage au besoin inventé,

J’ai su rompre celui qu’on m’avait apprêté.Hlâmez-moi de tomber en des fautes si lourd ^Appelez-moi grand fourbe et grand donnent

[bout 1

des»

nb

Mais louez-moi du moins d’aimer si puissannn eEt joignez à ces noms celui de votre amant-Je fais par cet hymen banqueroute à tous :l 'd^.J’évite tous leurs fers pour mourir dans les v°

Et libre pour entrer en des liens si doux,

Je me fais marié pour toute autre que vous.clarice.

Votre Homme en naissant a trop de violence,

Et me laisse toujours en juste défiance.

Le moyen que mes yeux eussent de tels app aPour qui m’a si peu vue et ne me connaît p aS ’

DORANTE.

Je ne vous connais pas ! Vous n’avez plus

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