LE M E NTEU H , ACT E I V, SCÈN E VM1.
177
Et refuser n’est plus le vice des grands hommes.Retiens bien ma doctrine ; et, pour faire amitié,
Si tu veux, avec toi je serai de moitié.
SABINE.
Cet article est de trop.
DOUANTE.
Vois-tu, je me propose
Re faire avec le temps pour toi toute autre chose.Mais comme j’ai reçu cette lettre de toi,
En voudrais-tu donner la réponse pour moi ?
SABINE.
Je
Qu
J ’y
la donnerai bien, mais je n’ose vous diree ma maîtresse daigne ou la prendre, ou la lire :ferai mon effort.
cliton. „
Voyez, elle se rend
Elus douce qu’une épouse, etplussouple qu’un gant.
DOUANTE.
(l'as, à Clilon.) (haut, à Sabine.)
Ee secret a joué. Présente-la, n’importe ;
Elle n’a pas pour moi d’aversion si forte.
Je reviens dans une heure en apprendre l’effet.SABINE.
R Vous conterai lors tout ce que j’aurai fait.
SCÈNE VIT.
CLITON, SABINE.
CLÏTON.
R* vois que les effets préviennent les paroles ;^ e st un homme qui fait litière de pistoles :' a 'scomme auprès de luijepuisbeaucouppourtoi ••
SABINE.
ais tomber de la pluie, et laisse faire à moi.
, CLITON.
u viens d’entrer en goût.
SABINE.
Avec mes révérences,e n e suis pas encor si dupe que tu penses.
' e sais bien mon métier, et ma simplicité' ° Ue aussi bien son jeu que ton avidité.
£ CLITON.
^ sais ton métier, dis-moi quelle espéranceÇ 0lt obtenir mon maître à la persévérance,va-t-elle insensible ? en viendrons-nous à bout ?
p . SABINE.
p ,s <lu’il est si brave homme, il faut te dire tout.!^ ür te désabuser, sache donc que Lucrèce^ es trien moins qu’insensible à l’ardeur qui le pres-^‘vant toute la nuit elle n’a point dormi ; [se;’ Sl je ne me trompe, elle l’aime à demi.
CLITON.
quel privilège est-ce qu’elle se fonde,le aime à demi, de maltraiter le monde?en a cette nuit reçu que des mépris.
n Iais sur
p Ua nd e
Chère amie, après tout, mon maître vaut son prix.Ces amours à demi sont d’une étrange espèce ;
Et, s’il me voulait croire, il quitterait Lucrèce.
SABINE.
Qu’il ne se hâte point, on l’aime assurément.
CLITON.
Mais on le lui témoigne un peu bien rudement ;
Et je ne vis jamais de méthodes pareilles.
SABINE.
Elle tient, comme on dit, le loup par les oreilles;Elle l’aime, et son cœur n’y saurait consentir,Parce que d’ordinaire il ne fait que mentir.
Hier même elle le vit dedans les Tuileries,
Où tout ce qu’il conta n’était que menteries.
Il en a fait autant depuis à deux ou trois.
CLITON.
Les menteurs les plus grands disent vrai quelque-sabine. [fois.
Elle a lieu de douter, et d’être en défiance.cliton.
Qu’elle donne à ses feux un peu plus de croyance :Il n’a fait toute nuit que soupirer d’ennui.
SABINE.
Peut-être que tu mens aussi bien comme lui ?
CLITON.
Je suis homme d’honneur; tu me fais injustice.
SABINE.
Riais, dis-moi, sais-tu bien qu’il n’aime plus Clarice?
CLITON.
11 ne l’aima jamais.
SABINE.
Pour certain?
CLITON.
Pour certain.
SABINE.
Qu’il ne craigne donc plus de soupirer en vain.Aussitôt que Lucrèce a pu le reconnaître,
Elle a voulu qu’exprès je me sois fait paraître,Pour voir si par hasard il ne me dirait rien ;
Et s’il l’aime en effet, tout le reste ira bien.Va-t’en : et sans te mettre en peine de m’instruire,Crois que je lui dirai tout ce qu’il lui faut dire.
CLITON.
Adieu; de ton côté si tu fais ton devoir,
Tu dois croire du mien que je ferai pleuvoir.
SCÈNE VIII.
SABINE, LUCRÈCE.
SABINE.
Que je vais bientôt voir une fille contente !
Mais la voici déjà ; qu’elle est impatiente !
Comme elle a les yeux fins, elle a vu le poulet.
LUCRÈCE.
Eh bien ! que t’ont conté le maître et le valet ?
12