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Oeuvres de P. et TH. Corneille / précédées de la vie de P. Corneille par Fontenelle et des discours sur la poésie dramatique
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LE MENTEUR, ACTE Y, SCÈNE 111.

Dorante n’est qu’un fourbe ; et cet ingrat que j’aime,Après m’avoir fourké, me fait fourber moi-même;Et d’un discours en l’air, qu’il forge en imposteur,11 me fait le trompette et le second auteur !Comme si c’était peu pour mon reste de vieDe n’avoir à rougir que de son infamie,

L’infâme, se jouant de mon trop de bonté,

Me fait encor rougir de ma crédulité !

SCÈNE III.

GÉRONTE, DORANTE, CL1TON.

GÉRONTE.

Qui me le dit, infâme ?

Dis-moi, si tu le peux, dis le nom de ta femmeLe conte qu’hier au soir tu m’en lis publier...

CLITON, bas, à Dorante.

Dites que le sommeil vous l’a fait oublier.géronte.

Ajoute, ajoute encore avec effronterieLe nom de ton beau-père et de sa seigneurie;Invente à m’éblouir quelques nouveaux détours.

CLITON , bas, h Dorante.

Appelez la mémoire ou l’esprit au secours.

GÉRONTE.

GÉRONTE.

Êtes-vous gentilhomme ?

DORANTE , à pari.

Alt ! rencontre fâcheuse !

( Haut.)

Etant sorti de vous, la chose est peu douteuse.

GÉRONTE.

Croyez-vous qu’il suffit d’être sorti de moi ?

DORANTE.

Avec toute la France aisément je le croi.

GERONTE.

Et ne savez-vous point avec, toute la FranceD’où ce titre d’honneur a tiré sa naissance,

Et que la vertu seule a mis en ce haut rangCeux qui l’ont jusqu’à moi fait passer dans leursang?

DORANTE.

J’ignorerais un point que n’ignore personne,

Que la vertu l’acquiert, comme le sang le donne?

GÉRONTE.

Où le sang a manqué, si la vertu l’acquiert,

Où le sang l’a donné, le vice aussi le perd.

Ce qui liait d’un moyen périt par son contraire ;Tout ce que l’un a fait, l’autre le peut défaire ;

Et, dans la lâcheté du vice où je te voi,

Tu n’es plus gentilhomme, étant sorti de moi.

DORANTE.

Moi?

GÉRONTE.

Laisse-moi parler, toi, de qui l’impostureSouille honteusement ce don de la nature :

Qui se dit gentilhomme, et ment comme tu fais,

U ment quand il le dit et ne le fut jamais.

]îst-il vice plus bas? est-il tache plus noire,

Plus indigne d’un homme élevé pour la gloire ?Est-il quelque faiblesse, est-il quelque actionDont un cœur vraiment noble ait plus d’aversion,Puisqu’un seul démenti lui porte une infamieQu’il ne peut effacer s’il n’expose sa vie,

Et si dedans le sang il ne lave l’affront

Qu’un si honteux outrage imprime sur son Iront?

DORANTE.

Qui vous dit que je mens?

De quel front cependant faut-il que je confesseQue ton effronterie a surpris ma vieillesse,

Qu’un homme de mon âge a cru légèrementCe qu’un homme du tien débite impudemment?Tu me fais donc servir de fable et de risée,

Passer pour esprit faible, et pour cervelle usée!Mais, dis-moi, te portais-je à la gorge un poignard ?Voyais-tu violence ou courroux de ma part?

Si quelque aversion t’éloignait de Clarice,

Quel besoin avais-tu d’un si lâche artifice?

Et pouvais-tu douter que mon consentementNe ddt tout accorder à ton contentement,

Puisque mon indulgence, au dernier point venue.Consentait à tes yeux l’hymen d’une inconnue?

Ce grand excès d’amour que je t’ai témoignéN’a point touché ton cœur, ou ne l’a point gagne •Ingrat, tu m’as payé d’une impudente feinte,

Et tu n’as eu pour moi respect, amour, ni craint'Va, je te désavoue.

DORANTE.

Eh! mon père, écoutez.

GÉRONTE.

, P

Quoi? des contes en l’air et sur l’heure inventes-DORANTE.

Non, la vérité pure.

GÉRONTE.

En est-il dans ta bouche?CI.ITON, bas, à Dorante.

Voici pour votre adresse une assez rude touche.DORANTE.

Epris d’une beauté qu’à peine j’ai pu voirQu’elle a pris sur mon âme un absolu pouvoir,

De Lucrèce, en un mot ; vous la pouvez connaître-"

GÉRONTE. 4 ,

Dis vrai : je la connais, et ceux qui l’ont fait naître.Son père est mon ami.

DORANTE.

Mon cœur en un momentEtant de ses regards charmé si puissamment,

T.e choix que vos bontés avaient fait de Clai' ll!e >Sitôt que je le sus, me parut un supplice;

Mais comme j’ignorais si Lucrèce et son sortPouvaient avec, le vôtre avoir quelque rapp 01 ’b