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Oeuvres de P. et TH. Corneille / précédées de la vie de P. Corneille par Fontenelle et des discours sur la poésie dramatique
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LA SUITE DU MENTEUR, ACTE I, SCÈNE IV.

CLITON.

J’en estime l’humeur, j’en aime le visage;

Mais plus que tous les deux j’adore son message.

DOSANTE.

C’est celle dont il vient qu’il en faut estimer;C’est elle qui me charme, et que je veux aimer.

CLITON.

Quoi ! vous voulez, monsieur, aimer cette incon-dobante. [nue ?

Oui, je la veux aimer, Cliton.

CLITON.

Sans l’avoir vue ?dorante.

Un si rare bienfait en un besoin pressantS’empare puissamment d’un cœur reconnaissant ;Et comme de soi-même il marque un grand mérite.Dessous cette couleur il parle, il sollicite,

Peint l’objet aussi beau qu’on le voit généreux ;

Et si l’on n’est ingrat, il faut être amoureux.

CLITON.

Votre amour va toujours d’un étrange caprice :Dès l’abord autrefois vous aimâtes Clarice;Celle-ci, sans la voir; mais, monsieur, votre nom,Lui deviez-vous l’apprendre, et si tôt?

DORANTE.

Pourquoi non ?

J’ai cru le devoir faire, et l’ai fait avec joie.

CLITON.

11 est plus décrié que la fausse monnoie.dorante.

Mon nom?

CLITON.

Oui, dans Paris, en langage commun.Dorante et le Menteur à présent ce n’est qu’un ;Et vous y possédez ce haut degré de gloireQu’en une comédie on a mis votre histoire.

DORANTE.

En une comédie?

CLITON.

Et si naïvement,

Que j’ai cru, la voyant, voir un enchantement.

On y voit un Dorante avec votre visage ;

On le prendrait pour vous ; il a votre air, votre âge,Vos yeux, votre action, votre maigre embonpoint,Et paraît, comme vous, adroit au dernier point.Comme à l’événement j’ai part à la peinture;Après votre portrait on produit ma figure.

Le héros de la farce, un certain Jodelet,

Fait marcher après vous votre digue valet;

Il a jusqu’à mon nez et jusqu’à ma parole,

Et nous avons tous deux appris en même école;C’est l’original même, il vaut ce que je vaux;

Si quelque autre s’en mêle, on peut s’inscrire enEt tout autre que lui dans celte comédie [faux ;N’en fera jamais voir qu’une fausse copie.

Pour Clarice et Lucrèce, elles en ont quelque air.

Philiste avec Alcippe y vient vous accorder.

Votre feu père même est joué sous le masque-

DORANTE.

Cette pièce doit être et plaisante et fantasque.Mais son nom?

CLITON.

Votre nom de guerre, le MeNTëU®'DORANTE. P

Les vers en sont-ils bons ? fait-on cas de Fauteur-

CLITON.

La pièce a réussi, quoique faible de style;

Et d’un nouveau proverbe elle enrichit la ville ;De sorte qu’aujourd’hui, presque en tous les <l uar

[tiers,

On dit, quand quelqu’un ment, qu’il revient &

[Poitie rS ’

Et pour moi, c’est bien pis, je n’ose plus para” ltie 'Ce maraud de farceur m’a fait si bien connaître.Que les petits enfants, sitôt qu’on m’aperçoisMe courent dans la rue et me montrent au doir 1 ’Et chacun rit de voir les courtauds de boutiq ue ’Grossissant à l’envi leur chienne de musique)

Se rompre le gosier, dans cette belle humeur,

A crier après moi : le valet du Menteur!Vous en riez vous-même !

rie-

DORANTE.

Il faut bien que j’en

CLITON.

Je n’y trouve que rire, et cela vous décrie,

Mais si bien, qu’à présent, voulant vous mariesVous ne trouveriez pas la fille d’un huissier,

Pas celle d’un recors, pas d’un cabaret même-

DORANTE.

Il faut donc avancer près de celle qui m’aime-Comme Paris est loin, si je 11e suis déçu,

Nous pourrons réussir avant qu’elle ait rien sl1 '

Mais quelqu’un vient à nous, et j’entends du 111

J [|llU re '

SCÈNE IY.

CL1ÏANDRE, DORANTE, CLITON,

LE PRÉVÔT.

CLEANDREj au prévôt.

Ali ! je suis innocent ; vous me faites injure-

LE PRÉVÔT, àCléandrc. ia [;

Si vous l’êtes, monsieur, 11e craignez aucun JlMais comme enfin le mort était votre rival,

Et que le prisonnier proteste d’innocence, g .Je dois sur ce soupçon vous mettre en sa p veS

CLÉANDRE, au prévût.

Et si pour s’affranchir il ose me charger?

LE PRÉVÔT, à ClCamlrc.

La justice entre vous eu saura bien juger-Souffrez paisiblement que l’ordre s’exécute-