220 KOnOGüNE, ACTE I, SCÈNE III.
Je vous achèverai le reste une autre fois,
Un des princes survient.
( Elle se veut retirer.)
SCÈNE II.
ANTIOCHUS, TIMAGÈNK, LAONICE.
ANTIOCHUS.
Demeurez, Laonice ;
Vous pouvez, comme lui, me rendre un bon office.
Dans l’état où je suis, triste et plein de souci,Si j’espère beaucoup, je crains beaucoup aussi.
Un seul mot aujourd’hui, maître de ma fortune,M’ôte ou donne à jamais le sceptre et Rodogune,
Et de tous les mortels ce secret révéléMe rend le plus content ou le plus désolé.
Je vois dans le hasard tous les biens que j’espère,Et ne puis être heureux sans le malheur d’un frère,Mais d’un frère si cher, qu’une sainte amitiéFait sur moi de ses maux rejaillir la moitié, [tendre;Donc pour moins hasarder j’aime mieux moins pré-Et, pour rompre le coup que mon cœur n’ose atten-
[dre,
Lui cédant de deux biens le plus brillant aux veux,M'assurer de celui qui m’est plus précieux :Heureux si, sans attendre un fâcheux droit d'aînes-Pour un trône incertain j'en obtiens la princesse, [se,Et puis par ce partage épargner les soupirsQui naîtraient de ma peine ou de ses déplaisirs !
Va le voir de ma part, Timagène, et lui direQue pour cette beauté je lui cède l’empire ;
Mais porte-lui si haut la douceur de régner,
Qu’à cet éclat du trône il se laisse gagner ;
Qu’il s’eu laisse éblouir jusqu’à ne pas connaîtreA quel prix je consens de l’accepter pour maître.
( Timagène s’en va, el le prince continue à parler àLaonice.)
Et vous, en ma faveur voyez ce-cher objet,
Et tâchez d’abaisser ses yeux sur un sujetQui peut-être aujourd’hui porterait la couronne,S’il n’attachait les siens à sa seule personne,
Et ne la préférait à cet illustre rang [sang.Pour qui les plus grands cœurs prodiguent tout leur(Tiinagùne rcnlrc sur le lliMtre.)TIMAGÈNE.
Seigneur, le prince vient ; et votre amour lui-mêmeLui peut sans interprète offrir le diadème.ANTIOCHUS.
Ah ! je tremble ; et la peur d’un trop juste refusRend ma langue muette et mon esprit confus.
SCÈNE III.
SÉLEUCUS, ANTIOCHUS, TIMAGÈNE,LAONICE.
SELEUCUS.
Vous puis-je en confiance expliquer ma pensée?
ANTIOCHUS.
Parlez ; notre amitié par ce doute est blessée.
SÉLEUCUS.
llélas ! c’est le malheur que je crains aujourd’hui-L’égalité, mon frère, en est le ferme appui;
C’en est le fondement, la liaison, le gage,
Et, voyant d’un côté tomber tout l’avantage,
Avec juste raison je crains qu’entre nous deuxInégalité rompue en rompe les doux nœuds,
Et que ce jour fatal à l’heur de notre vieJette sur l’un de nous trop de honte ou d’envie.
ANTIOCHUS.
Comme nous n’avons eu jamais qu’un sentiment,Cette peur me touchait, mon frère, également;Mais, si vous le voulez, j’en sais bien le remède-
SÉLEUCUS.
Si je le veux ! bien plus, je l’apporte et vous cèdeTout ce que la couronne a de charmant en soi.Oui, seigneur, car je parle à présent à mon roi,Pour le trône cédé, cédez-moi Rodogune,
Et je n’envîrai point votre haute fortune.
Ainsi notre destin n’aura rien de honteux,
Ainsi notre bonheur n’aura rien de douteux;
Et nous mépriserons ce faible droit d’aînesse,Vous, satisfait du trône, et moi, de la princesse.ANTIOCHUS.
Hélas!
SELEUCUS.
Recevez-vous l’offre avec déplaisir ?
ANTIOCHUS.
Pouvez-vous nommer offre une ardeur de choisi’Qui, de la même main qui me cède un empire, ,M'arrache un bien plus grand, etle seul où j’nsp l|f '
SÉLEUCUS.
Rodogune?
ANTIOCHUS.
Elle-même ; ils en sont les témoins-
SELEUCUS.
Quoi ! l’estimez-vous tant?
ANTIOCHUS. ,
Quoi ! l’estimez-vous in<>i ,,sSÉLEUCUS.
Elle vaut bien un trône, il faut que je le die-ANTIOCHUS.
Elle vaut à mes yeux tout ce qu’en a l’Asie.
SELEUCUS.
Vous l’aimez donc, mon frère ?
ANTIOCHUS. ■.
Et vous l’aimez aiiss .’
C’est là tout mon malheur, c’est là tout mon s° uCJ’espérais que l’éclat dont le trône se pareToucherait vos désirs plus qu’un objet si rare,Mais aussi bien qu’à moi son prix vous est con >Et dans ce juste choix vous m’avez prévenu.
Ali ! déplorable prince !