RODOGUNE,. ACTE III, SCÈNE IV.
Feignant de vous servir, elle sert sa maîtresse.
La reine, qui surtout craint de vous voir régner,Vous donne ces terreurs pour vous faire éloigner ;F.t pourrompre un hymen qu’avec peine elle endure,Elle en veut à vous-même imputer la rupture.Elle obtiendra par vous le but de ses souhaits,
Et vous accusera de violer la paix ;
Et le roi, plus piqué contre vous que contre elle,Vous voyant lui porter une guerre nouvelle,Blâmera vos frayeurs et nos légèretés,
D’avoir osé douter de la foi des traités ;
Et peut-être, pressé des guerres d’Arménie,
Vous laissera moquée, et la reine impunie.
A ces honteux moyens gardez de recourir.
C’est ici qu’il vous faut ou régner ou périr.
Le ciel pour vous ailleurs n’a point fait de couronne;Et l’on s’en rend indigne alors qu’on l’abandonne.kodogune.
Ah ! que de vos conseils j’aimerais la vigueurSi nous avions la force égale à ce grand cœur!Mais pourrons-nous braver une reine en colèreAvec ce peu de gens que m’a laissés mon frère?
OBONTE.
J’aurais perdu l’esprit si j’osais me vanterQu’avec ce peu de gens nous pussions résister.Nous mourrons à vos pieds, c’est toute l’assistanceQue vous peut en ces lieux offrir notre impuissance :Mais pouvez-vous trembler quand dans ces mêmes
[ lieux
Vous portez le grand maître et des rois et des dieux ?L’amour fera lui seul tout ce qu’il vous faut faire.Faites-vous un rempart des iils contre la mère;Ménagez bien leur (lamine, ils voudront tout pourEt ces astres naissants sont adorés de tous, [vous ;Quoi que puisse eu ces lieux une reine cruelle,Pouvant tout sur ses fils, vous y pouvez plus qu’elle.Cependant trouvez bon qu’en ces extrémitésJe tâche à rassembler nos Partîtes écartés;
Us sont peu, mais vaillants, et peuvent de sa rageEmpêcher la surprise et le premier outrage.Craignez moins, et surtout, madame, en ce grandSi vous voulez régner, faites régner l’amour, [jour,
SCÈNE III.
RODOGUNE.
Quoi! je pourrais descendre à ce lâche artificeD’aller de mes amants mendier le service,
Et sous l’indigne appât d'un coup d’œil affété,J'irais jusqu’en leur cœur chercher ma sûreté !Celles de ma naissance ont horreur des bassesses ;Leur sang tout généreux hait ces molles adresses.Quel que soit le secours qu'ils me puissent offrir,Je croirai faire assez de le daigner souffrir :
Je verrai leur amour, j’éprouverai sa force,
Sans flatter leurs désirs, sans leur jeter d’amoi' ce ’Fit, s’il est assez fort pour me servir d'appui,
Je le ferai régner, mais en régnant sur lui.
Sentiments étouffés de colère et de haine,Rallumez vos (lambeaux à celles de la reine,
Et d’un oubli contraint rompez la dure loi,
Pour rendre enfin j ustiee aux mânes d’un grand r°' >Rapportez à mes yeux son image sanglante,D’amour et de fureur encore étincelante,
Telle que je le vis, quand tout percé de coupsIl inecria :« Vengeance! Adieu ;je meurs pour vous-Chère ombre, hélas ! bien loin de l’avoir poursui' 16 ’J’allais baiser la main qui t’arracha la vie,Rendre un respect de fille à qui versa ton sang-Mais pardonne au devoir que m’impose mon ran» 'Plus la haute naissance approche des couronnes^Plus cette grandeur même asservit nos person"^'Nous n’avons point de cœur pour aimer ni bai r ’Toutes nos passions ne savent qu’obéir.
Après avoir armé pour venger cet outrage,
D’une paix mal conçue on m’a faite le gage;
Et moi, fermant les yeux sur ce noir attentat,
Je suivais mon destin en victime d’état.
Mais aujourd'hui qu’on voit cette main pairieDes restes de ta vie insolemment avide,
Vouloir encor percer ce sein infortuné,
Pour y chercher le cœur que tu m’avais donneDe la paix qu’elle rompt je ne suis plus le g a =’ ’Je brise avec honneur mon illustre esclavage;J’ose reprendre un cœur pour aimer et hair,
Et ce n’est plus qu’à toi que je veux obéir.
Le consentiras-tu cet effort sur ma llaniine,Toi, son vivant portrait, que j’adore dans 1 .’ tsCher prince, dont je n’ose en mes plus doux soi*li°Fier encor le nom aux murs de ce palais? .
Je sais quelles seront tes douleurs et tes cran 1 ^Je vois déjà tes maux, j’entends déjà tes P^ 1 " 11 jMais pardonne aux devoirs qu’exige enfin nnA qui tu dois le jour qu’il a perdu pour ni<n-J’aurai mêmes douleurs, j’aurai mêmes ala rl f5>S’il t’en coûte un soupir, j’en verserai des
Mais, dieux ! que je me trouble en les v0 .V all ^ [|N ;
Amour, qui me confonds, cache du moins t e& ^Et content de mon cœur dont je te fais I eDans mes regards surpris garde-toi de P* 11 ‘
SCÈNE IV.
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Ne vous offensez pas. princesse, de nous x°‘
De vos yeux à vous-même expliquer le P 011 '
Ce n’est pas d'aujourd’hui que nos cœurs fU (
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