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Oeuvres de P. et TH. Corneille / précédées de la vie de P. Corneille par Fontenelle et des discours sur la poésie dramatique
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llODOUUNE, ACTE III, SCÈNE V.

RODOGUNE.

Princes, le voulez-vous ?

ANTIOCHUS.

C’est notre unique envie.RODOGUNE.

Je verrai cette ardeur d’un repentir suivie.

SÉLEUCUS.

Avant ce repentir tous deux nous périrons.

RODOGUNE.

Enfin vous le voulez?

SÉLEUCUS.

Nous vous en conjurons.

RODOGUNE.

Eli bien donc! il est temps de me faire connaître.J’obéis à mon roi, puisqu’un de vous doit l’être ;Mais ' "aurai parlé, si vous vous en plaignez,J’atteste tous les dieux que vous m’y contraignez,Et que c’est malgré moi qu’à moi-même rendueJ’écoute une chaleur qui m’était défendue;

Qu’un devoir rappelé me rend un souvenirQue la foi des traités ne doit plus retenir, [père,Tremblez, princes, tremblez au nom de votreIl est mort, et pour moi, par les mains d’une mère.Je l’avais oublié, sujette à d’autres lois ;

Mais libre, je lui rends enfin ce que je dois.

C’est à vous de choisir mon amour ou ma haine.J’aime les fils du roi, je liais ceux de la reine :Réglez-vous là-dessus; et, sans plus me presser,Voyez auquel des deux vous voulez renoncer.

Il faut prendre parti, mon choix suivra le vôtre :Je respecte autant l’un que je déteste l’autre.

Mais ce que j’aime en vous du sang de ce grand roi,S’il n’est digne de lui, n’est pas digne de moi.

Ce sang que vous portez, ce trône qu’il vous laisse,Valent bien que pour lui votre cœur s’intéresse.Votre gloire le veut, l’amour vous le prescrit.

Qui peut contre elle et lui soulever votre esprit?Si vous leur préférez une mère cruelle,

Soyez cruels, ingrats, parricides comme elle :Vous devez la punir, si vous la condamnez ;

Vous devez l’imiter, si vous la soutenez.

Quoi ! cette ardeur s’éteint ! l’un et l’autre soupire !J’avais su le prévoir, j’avais su le prédire ?antiociius.

Princesse...

RODOGUNE.

Il n’est plus temps, le mot en est lâché.Quand j’ai voulu me taire, en vain je l’ai tâché.Appelez ce devoir haine, rigueur, colère;

Pour gagner Rodogune il faut venger un père ;

Je me donne à ce prix : osez me mériter ;

Et voyez qui de vous daignera m’accepter.

Adieu, princes.

SCÈNE V.

ANTIOCIIUS, SÉLEUCUS.

ANTrOCHUS.

llélas ! c’est donc ainsi qu’on trai^Les plus profonds respects d’une amour si parfait •

SÉLEUCUS.

Elle nous fuit, mon frère, après cette rigueur.ANTIOCIIUS.

Elle fuit, mais en Partlie, en nous perçant le ccc ur '

SÉLEUCUS.

Que le ciel est injuste ! Une âme si cruelleMéritait notre mère, et devait naître d’elle.

ANTIOCIIUS.

Plaignons-nous sans blasphème.

SÉLEUCUS.

Ah ! que vous me g l " ,|( ’ ZPar cette retenue où vous vous obstinez !

Faut-il encor régner? faut-il l’aimer encore?ANTIOCIIUS.

Il faut plus de respect pour celle qu'on adore-

SÉLEUCUS.

C’est ou d’elle ou du trône être ardemment épf |S ’Que vouloir ou l’aimer ou régner à ce prix.

ANTIOCIIUS.

C’est et d’elle et de lui tenir bien peu de con 1 l )te 'Que faire une révolte et si pleine et si prompt

SÉLEUCUS.

Lorsque l’obéissance a tant d’impiété,

I.a révolte devient une nécessité.

ANTIOCIIUS.

La révolte, mon frère, est bien précipitéeQuand la loi qu’elle rompt peut être rétractée,

. Et c’est à nos désirs trop de téméritéDe vouloir de tels biens avec facilité :

Le ciel par les travaux veut qu’on monte à la g 10Pour gagner un triomphe il faut une victoire-Niais que je tâche en vain de flatter nos tourniC*Nos malheurs sont, plus forts que ces déguisentI,eur excès à mes yeux paraît un noir abîmeOù la haine s’apprête à couronner le crime,

Où la gloire est sans nom, la vertu sans boiin -Où sans un parricide il n’est point de bonite 1 * 1 ’

Et voyant de ees maux l'épouvantable image»

Je me sens affaiblir quand je vous encourage »

Je frémis, je chancelle; et mon cœur abattuSuit tantôt sa douleur, et tantôt sa vertu.

Mon frère, pardonnez à des discours sansQui font trop voirletroubleoù monâmeestuSÉLEUCUS. .,

J’en ferais comme vous, si mon esprit trouNe secouait le joug dont il est accablé. lPl

| Dans mon ambition, dans l’ardeur de nia 1 aI * ,

. Je vois ce qu’est un trône, et ce qu’est une t