232
110D0GUNE, ACTE IV, SCENE II.
S’il vous explique mal ee qu’il en doit attendre,
Il emprunte ma voix pour se mieux faire entendre.Une seconde fois il vous le dit pour moi :
Prince, il faut le venger.
ANTIOCHUS.
.T’accepte cette loi.Nommez les assassins, et j’y cours.
nonocuNE.
Quel mystère
Vous fait, en l’acceptant, méconnaître une mère ?
ANTIOCHUS.
Ah ! si vous ne voulez voir finir nos destins,Nommez d’autres vengeurs ou d’autres assassins.bodogune.
Ah ! je vois trop régner son parti dans votre âme;Prince, vous le prenez.
ANTIOCHUS.
Oui, je le prends, madame,Et j’apporte à vos pieds le plus pur de son sangQue la nature enferme en ce malheureux liane.
Satisfaites vous-même à cette voix secrèteDont la vôtre envers nous daigne être l’interprète :Exécutez son ordre; et hâtez-vous sur moiDe punir une reine et de venger un roi ;
Mais quitte par ma mort d’un devoir si sévère,Écoutez-en un autre en faveur de mon frère.
De deux princes unis à soupirer pour vousPrenez l’un pour victime, et l’autre pour époux ;Punissez un des fils des crimes de la mère,
Mais payez l’autre aussi des services du père ;
Et laissez un exemple à la postéritéEt de rigueur entière, et d’entière équité.
Quoi! n’écouterez-vous ni l’amour ni la haine?
Ne pourrai-je obtenir ni salaire ni peine?
Ce cœur qui vous adore, et que vous dédaignez...BODOGUNE.
Hélas, prince!
ANTIOCHUS.
Est-ce encor le roi que vous plaignez ?Ce soupir ne va-t-il que vers l’ombre d’un père ?
BODOGUNE.
Allez, ou pour le moins rappelez votre frère :
Le combat pour mon âme était moins dangereuxLorsque je vous avais à combattre tous deux :Vous êtes plus fort seul que vous n’étiez ensemble,Je vous bravais tantôt, et maintenant je tremble.J’aime ; n’abusez pas, prince, de mon secret :
Au milieu de ma haine il m’échappe à regret ;Mais enfin il m’échappe, et cette retenueNe peut plus soutenir l’effort de votre vue. [roux,Oui, j’aime un de vous deux malgré ce grand cour-Et ce dernier soupir dit assez que c.’est vous.
Un rigoureux devoir à cet amour s’oppose :
Ne m'en accusez point, vous en êtes la cause;
Vous l’avez fait renaître en me pressant d’un choi*Qui rompt de vos traités les favorables lois.
D’un père mort pour moi voyez le sort étrange •
Si vous me laissez libre, il faut que je le venge;
Et mes feux dans mon âme ont beau s’en mutiner,Ce n’est qu’à ce prix seul que je puis me donnerMais ce n’est pas de vous qu’il faut que je l'attend? iVotre refus est juste autant que ma demande.
A force de respect votre amour s’est trahi.
Je voudrais vous haïr s’il m’avait obéi ;
Et je n’estime pas l’honneur d’une vengeanceJusqu’à vouloir d’un crime être la récompense.Rentrons donc sous les lois que m’impose la pat*’Puisque m’en affranchir c’est vous perdre à jaina lS 'Prince, en votre faveur je ne puis davantage :L’orgueil de ma naissance enfle encor mon courag?’Et quelque grand pouvoir que l’amour ait sur m 01 ’Je n’oublîrai jamais que je me dois un roi.
Oui, malgré mon amour, j'attendrai d'une mèreQue le trône me donne ou vous ou votre frère-Attendant son secret vous aurez mes désirs ;
Et s’il le fait régner, vous aurez mes soupirs :C’est tout ce qu’à mesfeux ma gloire peutpermettr e ’Et tout ce qu’à vos feux les miens osent proniett re '
ANTIOCHUS.
Que voudrais-je de plus ? son bonheur est le mi? n ’Rendez heureux ce frère, et je ne perdrai rie».L’amitié le consent, si l’amour l’appréhende.
Je bénirai le ciel d’une perte si grande ;
Et quittant les douceurs de cet espoir flottant,
Je mourrai de douleur, mais je mourrai content-BODOGUNE.
Et moi, si mon destin entre ses mains me livre-Pour un autre que vous s’il m’ordonne de vivre-Mon amour... Mais adieu ; mon esprit se confo« d 'Prince, si votre flamme à la mienne répond,
Si vous n’etes ingrat à ce cœur qui vous aime.
Ne me revoyez point qu’avec le diadème.
SCÈNE II.
ANTIOCHUS.
Les plus doux de mes vœux enfin sont exaucés.
Tu viensdé vaincre, amour ; mais ce n’est pas assez •Si tu veux triompher en cette conjoncture,
Après avoir vaincu, fais vaincre la nature;
Et prête-lui pour nous ces tendres sentimentsQue ton ardeur inspire aux cœurs des vrais amant s ’Cette pitié qui force, et ces dignes faiblessesDont la vigueur détruit les fureurs vengeresses-Voici la reine. Amour, nature, justes dieux,Eaites-la-moi fléchir, ou mourir à ses yeux.