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Oeuvres de P. et TH. Corneille / précédées de la vie de P. Corneille par Fontenelle et des discours sur la poésie dramatique
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UODOGUNE, ACTE IV, SCÈNE III. 233

SCÈNE III.

CLÉOPÂTRE, ANTIOCHUS, LAONICE.

CLEOPATRE.

‘ 1 C'en ! Antiochus, vous dois-je la couronne i

ANTIOCHUS.

ame, vous savez si le ciel me la donne.

CLÉOPÂTRE.

°us savez mieux que moi si vous la méritez.

ANTIOCHUS.

Sa is que je péris si vous ne m’écoutez.

CLÉOPÂTRE.

y P e i* trop lent peut-être à servir ma colère,°Us vous êtes laissé prévenir par un frère :a su me venger quand vous délibériez,

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J e dois à son bras ce que vous espériez.v °us en plains, mon fils, ce malheur est extrê-

Je n’

es t périr en effet que perdre un diadème, [me ;

v sais qu’un remède, encore est-il fâcheux,

°nnant, incertain, et triste pour tous deux ;P, ' ril 'ai moi-même avant que de le dire :a 's enfin on perd tout quand on perd un empire.

ANTIOCHUS.

f't re,n ^ e a nos nlaux est tout en votre main,y 11 n rien de fâcheux, d’étonnant, d’incertain ;jy° tre seule colère a fait notre infortune, [gune :jy° Us perdons tout, madame, en perdant Rodo-y° Us l’adorons tous deux ; jugez en quels tourmentsi e Re la rigueur de vos commandements.

^ ; aveu de cet amour sans doute vous offense ;jf t a,s enPl n nos malheurs croissent par le silence,S’i| .° tre cœ ur qu’aveugle un peu d’inimitié,

Ay l '' ,,lore nos maux, n’en peut prendre pitié.Point où je les vois, c’en est le seul remède.

Q u . CLÉOPÂTRE.

e aveugle fureur vous-même vous possède !0„ eZ V ° us oublié que vous parlez à moi ?

Sl vous présumez être déjà mon roi ?

j e ANTIOCHUS.

T es „ < le avec respect à vous faire connaîtreotces d’un amour que vous avez fait naître.

Ah

°i, i’

CLEOPATRE.

J aurais allumé cet insolent amour !

ANTIOCHUS.

^Ous autre prétexte a fait notre retour?lw ® v «-vous mandés qu’afin qu’un droit d’aînesseV 0()s 3 l’un de nous le trône et la princesse?

ft ( .’. avez 'nenfait plus, vous nous l’avez fait voir;Q u j ^t par vos mains nous mettre en son pouvoir.Qu ari( j Uous deux, madame, eût osé s’en défendre,Si Sa , v °us nous ordonniez à tous deux d’y pré-Le (j^aaté dès lors n’eût allumé nos feux, [tendre?

I.

^ 'oir auprès d’elle eût attaché nos vœux?Ir <le régner eût fait la même chose;

Et dans l’ordre des lois que la paix nous impose,Nous devions aspirer à sa possessionPar amour, par devoir, ou par ambition.

Nous avons donc aimé, nous avons cru vous plaire ;Chacun de nous n’a craint que le bonheur d’un frère ;Et cette crainte enfin cédant à l’amitié,

J’iinplore pour tous deux un moment de pitié. •Avons-nous dû prévoir cette haine cachée,

Que la foi des traités n’avait point arrachée?

CLÉOPÂTRE.

Non, mais vous avez dû garder le souvenirDes hontes que pour vous j’avais su prévenir,

Et de l’indigne état où votre RodoguneSans moi, sans mon courage, eût mis votre fortune.Je croyais que vos cœurs, sensibles à ces coups,En sauraient conserver un généreux courroux,

Et je le retenais avec ma douceur feinte,

Afin que grossissant sous un peu de contrainte,Ce torrent de colère et de ressentimentFût plus impétueux en son débordement.

Je fais plus maintenant : je presse, sollicite,

Je commande, menace, et rien ne vous irrite.

Le sceptre, dont ma main vous doit récompenser,N’a point de quoi vous faire un moment balancer;Vous ne considérez ni lui ni mon injure;

L’amour étouffe en vous la voix de la nature :

Et je pourrais aimer des fils dénaturés !

ANTIOCHUS.

La nature et l’amour ont leurs droits séparés ;L’un n’ôte point à l’autre une aine qu’il possède.

CLÉOPÂTRE.

Non, non ; où l’amour règne il faut que l’autre cède.

ANTIOCHUS.

Leurs charmes à nos cœurs sont également doux.Nous périrons tous deux s’il faut périr pour vous ;Mais aussi...

CLÉOPÂTRE.

Poursuivez, fils ingrat et rebelle.ANTIOCHUS.

Nous périrons tous deux s’il faut périr pour elle.CLÉOPÂTRE.

Périssez, périssez, votre rébellionMérite plus d’horreur que de compassion.

Mes yeux sauront le voir sans verser une larme,Sans regarder en vous que l’objet qui vous charme ;Et je triompherai, voyant périr mes fils,

De ses adorateurs et de mes ennemis.

ANTIOCHUS.

Eh bien ! triomphez-en, que rien ne vous retienneVotre main tremble-t-elle ? y voulez-vous la mienneMadame, commandez, je suis prêt d’obéir ;

Je percerai ce cœur qui vous ose trahir :

Heureux si par ma mort je puis vous satisfaire,

Et noyer dans mon sang toute votre colère.

Mais si la dureté de votre aversionNomme encor notre amour une rébellion,